Passeport pour Shanghai!

Points vous fait visiter Shanghai

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Si les raisons d'aller à Shanghai ne manquent pas, les excuses pour rester chez soi non plus. Le lait contaminé, la qualité de l'air ou le risque de se voir exposé à la projection d'un film de Ang Lee ne sont que quelques uns des moult dangers qui guettent le voyageur perdu en cette lointaine contrée. Fort heureusement, Points se propose de vous y emmener sans quitter votre fauteuil. Grâce à une sélection d'auteurs chinois exceptionnels qui ont placé leurs intrigues à Shanghai...

                                                                                                                





Dans les ruelles de Shanghai avec Qiu Xialong

couverture Mort d'une héroïne rouge

Linge séchant sur des tiges de bambou, vieillards s’entraînant à la calligraphie sur les trottoirs, vendeurs de légumes effeuillant leurs salades, écrans géants charriant des publicités diverses : les rues de Shanghai sont un entrelacs difficilement descriptible de personnages cocasses et de situations invraisemblables où le moderne le dispute à la tradition.
Dans
Mort d'une héroïne rouge, c’est avec une science rare de la « couleur locale » et une grande maîtrise de l’écriture que Qiu Xiaolong nous dépeint la ville dont il est lui-même originaire. D’appartements cossus en bureaux crasseux, de restaurants raffinés en gargotes miteuses, des grands boulevards aux ruelles les plus sombres, nous suivons l’inspecteur Chen dans son enquête sur la mort d’une jeune « Travailleuse Modèle de la Nation ».


Extrait:

« Quand le bus arriva rue de Xizhuang, l’inspecteur Yu fut le premier dehors. Il prit un raccourci à travers le jardin du Peuple. L’une de ses portes donnait sur la rue de Nankin, l’artère principale de Shanghai, presque un centre commercial à elle seule, s’étendant du Bund au secteur du temple de Yan’an. Tout le monde était d’excellente humeur. Ceux qui faisaient leurs courses. Les touristes. Les marchands ambulants. Les coursiers. Au milieu d’un groupe de chanteurs qui se produisait devant l’hôtel Helen, une jeune fille jouait d’une cithare ancienne. Un panneau d’affichage en gros caractères exhortait les habitants de Shanghai à veiller à une bonne hygiène et à la protection de l’environnement en s’abstenant de jeter des détritus et de cracher. Au coin des rues, des retraités réglaient la circulation et réprimandaient les contrevenants en agitant des drapeaux rouges. Le soleil brillait sur les crachoirs grillagés aménagés dans les trottoirs. »

 


 

Une ville moderne et... polluée

Récit en partie autobiographique, le premier roman de Gao Xingjian décrit le parcours d’un homme qui part à la recherche de la légendaire montagne de l’âme. Nous suivons le narrateur à travers des paysages splendides, dans un périple où les contes fantastiques et les légendes populaires se mêlent à la réalité historique, et nous  découvrons avec lui un pays toujours ancré dans des traditions qu’aucune révolution culturelle ne semble pouvoir détruire.
Ce voyage hors des sentiers battus suit le cours du fleuve Yang-tsé depuis les forêts du Sichuan et s’achève naturellement sur les côtes de la mer de Chine, à Shanghai.
A l'opposé de la simplicité et des traditions qu'il s'est efforcé de retrouver lors de son voyage, c’est une ville tentaculaire, moderne et polluée,  que découvre alors le narrateur 


couverture Mort d'une héroïne rouge
Extrait:

« Quand je suis passé à Shanghai, dans le hall de la gare où des queues immenses s’alignaient devant les guichets, j’ai acheté à un particulier un billet pour Pékin par train rapide. Une heure plus tard, j’étais assis dans le compartiment, content de moi. Cette ville immense où s’entassent plus de dix millions d’habitants n’a plus aucun intérêt à mes yeux. Je voulais voir où avait vécu un oncle éloigné, mort bien avant mon père. Aucun des deux n’avait atteint l’âge glorieux de la retraite.
Les tortues et les poissons de la rivière Wusong qui traverse la ville en exhalant ses odeurs putrides sont morts. Je n’arrive pas à comprendre comment les habitants de Shanghai peuvent continuer à vivre ici. Même l’eau courante traitée est jaune et garde une odeur de chlore. Les hommes sont sans doute plus endurants que les poissons et les crevettes. »

 


 

Shanghai, foyer de la guerre civile

couverture Fleurs de Chine

En 1927, soucieux d’éviter toute prise de pouvoir de ses encombrants alliés communistes, le Kuomintang de Tchang Kaishek lance, avec l’aide des triades, une offensive meurtrière contre les ouvriers de la plus  grande ville de Chine : c’est le Massacre de Shanghai. L’événement marque le début d’une guerre civile qui plonge la Chine dans le chaos pendant plus de vingt ans.
Après avoir perdu sa famille lors du massacre, Perle Bleue, l’une des « Fleurs de Chine » du livre de Wei-Wei, va rejoindre l’armée rouge avec qui elle participera à la « Longue Marche ». Comme chacune des héroïnes de ce grand roman historique et intimiste, son destin va se confondre avec l’histoire tourmentée de la Chine du XXème siècle. 

Extrait:

« La cadette du groupe, Perle Bleue, a seulement quinze ans. Elle est issue d’une famille ouvrière. Elle a vécu à Shanghai. Son monde de petite fille de neuf ans a basculé brusquement le jour où ses parents et ses trois grands frères ont été arrêtés puis fusillés lors du grand massacre des communistes par les troupes nationalistes de Tchang Kaishek en 1927. Depuis lors, sans famille, sans logis, elle errait sur le pavé, sale, déguenillée, dévorée de faim et de poux, mendiant de porte en porte, se battant avec d’autres clochards pour le fond d’une boîte de conserve vide ou un os de porc pourri découvert dans des poubelles. Un ami de son père l’a repérée un matin alors qu’elle sommeillait enroulée dans de vieux journaux sous l’avant-toit d’un restaurant. Il l’a emmenée chez lui, l’a lavée, nourrie et logée. Plus tard, à l’aide de quelques relations secrètes, il a arrangé son arrivée dans la région soviétique du Jiangxi. Elle a été admise dans l’armée rouge comme une petite sœur accueillie dans une grande famille, car, orpheline, elle ne savait ni ne pouvait aller nulle part ailleurs. »

 


 

Shanghai entre modernité et tradition

Shanghai est entourée de petites villes bâties sur l’eau, dont Suzhou est la plus célèbre. Surnommée « la Venise de la Chine », célèbre pour ses jardins historiques, d’anciennes maisons d’architecture Ming y bordent des canaux étroits où l’on circule sur de petites barques de bois. En contrepoint de la modernité effrénée de Shanghai, Suzhou a su garder son rythme paisible et reste, aujourd’hui encore, une ville traditionnelle malgré ses deux millions d’habitants.
L’impressionnant contraste entre ces deux municipalités voisines est parfaitement saisi dans
Nid d'hommes, par exemple avec ce remarquable portrait d’un homme d’affaire de Shanghai en visite à Suzhou. Occidentalisé bien qu’attaché aux traditions chinoises, intellectuel et bourgeois, ce personnage est à l’image de l’élite lettrée et progressiste de la Chine des années 40, dont le destin s’apprête à être bouleversé par les trahisons des nationalistes et l’arrivée du communisme.

couverture Nid d'hommes
Extrait:

« Il s’agissait d’un personnage de bonne réputation sur la place de Shanghai ; il était le directeur d’une banque étrangère. Dans sa jeunesse il avait fait des études à Londres et était allé aussi aux Etats-Unis. On racontait qu’il avait obtenu un master à l’université Harvard. Bien qu’il mangeât de la cuisine occidentale, il ne parvenait pas à changer ses manières de notable de Suzhou. Il travaillait à Shanghai, mais sa famille habitait encore Suzhou et lui-même rentrait périodiquement s’y reposer. Là, il ne voyait personne, ni amis ni parents, n’avait pas de vie mondaine, ne se déplaçait pas en voiture à cheval, mais, vêtu d’une longue tunique chinoise, coiffé d’un chapeau, une canne à la main, il flânait dans Suzhou, écoutait les conteurs de rues, allait dans les maisons de thé, mangeait des côtelettes aux cinq parfums, sans oublier les anguilles cuites à l’étouffée dans de la sauce soja du restaurant Songhe. Les garçons le connaissaient tous, car les pourboires qu’il laissait étaient plus élevés que la note elle-même. Toutefois, quand il retournait à Shanghai, une automobile l’attendait, il portait un costume, des chaussures en cuir, fréquentait les restaurants étrangers, les boîtes de nuit, tandis que des secrétaires modernes lui apportaient, non pas du thé mais du café. »

 


 

Une capitale économique ouverte sur le monde

couverture Visa Pour Shanghai

Ouverte au commerce extérieure par le traité de Nankin en 1842, Shanghai fût l’un des principaux ports du commerce est-ouest et le centre financier de l’Asie jusque dans les années 30. Bombardée par l’armée japonaise puis méprisée par le gouvernement communiste qui la considéra longtemps comme un symbole de l’oppression coloniale et du capitalisme occidental, ce n’est qu’avec les réformes de Deng Xiaoping que la ville commence à retrouver un peu de sa splendeur passée.
Chargé contre son gré d’aider un agent du FBI à démanteler un réseau d’immigration clandestine, c’est dans un Shanghai changeant et en plein essor économique que se déroule cette enquête de l’inspecteur Chen. À
mesure que l’affaire progresse, ce sont donc aussi toutes les transformations culturelles, politiques et sociales de la Chine de l’époque que nous découvrons dans Visa pour Shanghai.

Extrait:

« En ce début des années quatre-vingt-dix, les réformes économiques de Deng Xiaoping avaient considérablement transformé le visage de Shanghai. De l’autre côté de la rue de Zhongshan, de superbes immeubles, qui avaient abrité au début du siècle les plus prestigieuses sociétés commerciales occidentales puis, après 1950, les institutions du parti communiste, accueillaient de nouveau ces mêmes compagnies occidentales. Le Bund tentait de retrouver son statut de Wall Street de la Chine. »

 


 

Shanghai, ville de la nuit

Amatrice  de sucreries, de rock et de drogues en tout genre,  l’héroïne du roman de Mian Mian erre dans plusieurs villes de Chine avant de retourner à Shanghai. Entre deux soirées électro ou après un concert de punk, c’est aussi son amour intense pour un jeune guitariste qu’elle tente tour à tour de sauver et d’étouffer.
Les bonbons chinois nous fait entrer dans les clubs et les bars branchés du Shanghai des années 90. C’est une plongée dans les dessous d’une métropole à l’apparence policée, où les drogues s’échangent à tous les coins de rue, où homosexuels et séropositifs sont traqués par un gouvernement qui prétend les aider, où une jeunesse désabusée tente, tant bien que mal, de  trouver le bonheur...

couverture Visa Pour Shanghai
Extrait:

« Maintenant la patronne était partie, les gens intéressants ne traînent jamais longtemps à Shanghai, ou alors plus ils s’incrustent, plus ils deviennent moches et cons. Elle était installée à Pékin et prétendait qu’une simple pensée pour Shanghai suffisait à lui coller la nausée. Ça, c’était son problème, à mon avis, pas celui de Shanghai. Shanghai est une jolie fille frigide, ma Shanghai sera toujours plaintive, une ville sans hommes. Nous allons de fête en fête, toutes les deux, dans les taxis on parle des mecs, dès qu’ils sont durs ils sont cons, or les durs ont le cœur tendre et les tendres ont le cœur dur. En boîte, sauf quand on chie, on n’a pas une seconde de vrai. Ou, autrement dit, les trucs les plus faux sont les plus vrais. À vous de voir. »

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