La Petite Femelle de Philippe Jaenada

8,95€ // 744 pages
Paru le 03/10/2016
EAN : 9782757860403

La Petite Femelle

Philippe Jaenada

Littérature

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Novembre 1953 : la France entière réclame la tête de Pauline Dubuisson, accusée d'avoir tué de sang-froid son amant. Qui est donc cette beauté ravageuse ? Une arriviste calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands avant d'assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou une jeune fille libre qui revendique avant l'heure son émancipation ?

Né en 1964, Philippe Jaenada est romancier. La Petite Femelle retrace sa quête obsessionnelle menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d'un nouveau jour. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, auquel, avec un sens de l'équilibre digne des meilleurs funambules, il parvient à greffer son humour irrésistible, son inimitable autodérision et ses cascades de digressions.

« La Petite Femelle est le récit d’une chute. Et même, d’une chute sans cesse recommencée, comme si le destin prenait un plaisir sadique à envoyer par le fond, à trois reprises, cette femme. La beauté du livre tient en partie au fait que le geste de l’écrivain consiste à se pencher vers elle pour l’aider à se relever. »

Le Monde des livres

Post-scriptum inédit de l'auteur

12 photos

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Commentaires

8 novembre 2016
Sophie Gauthier

Plus de cinquante ans après sa mort, Pauline Dubuisson exerce une fascination troublante, par son destin tragique, par sa personnalité, mais aussi par les zones d'ombre qui subsistent dans son histoire et qui laissent place à la construction romanesque. Car, d'omissions en mensonges, de sources non attestées en informations de seconde main, de rumeurs en silences, les faits se sont enchevêtrés à la fiction, érigeant une sorte de fable à laquelle souscrit le plus grand nombre, faute d'enquête approfondie.

C'est le démêlage de cet écheveau que Philippe Jaenada se fixe pour but. Il mène une enquête obsessionnelle pour reprendre tous les éléments du "dossier" en remontant aux sources et en pointant les moments où le récit s'est écarté des faits. En nous donnant à voir le travail souterrain des rumeurs, il décortique le mythe et nous montre son fonctionnement. Travail de romancier ? Oui, travail de romancier ! Car si "La petite femelle" ancre l'histoire de Pauline Dubuisson dans la réalité de son époque, l'auteur écrit, dans le même temps, le roman de ses propres recherches. Dans des digressions gigognes, il se raconte, il donne son avis, il s'irrite, il raille par des images à l'humour fulgurant, complètement inattendues et particulièrement jubilatoires. Il désamorce ainsi tout pathos, tout sentiment de pitié, pour amener le lecteur à un examen des faits sans émotion parasite. Cette présence de l'auteur loin de nuire au propos, lui donne de la chair, de la vie, et instaure une proximité étonnante entre le lecteur, l'auteur et celle qui est au cœur du livre. Par là même, il nous mène vers l'émotion épurée des dernières pages.

Certes, Philippe Jaenada est en quête d'une vérité qui ne soit pas falsifiée, mais, lui aussi, interprète les faits. Il les interroge en les passant au filtre de ce qu'il est et des catégories mentales forgées par son époque et sa propre histoire. Simplement, à la différence de ceux qui ont évoqué Pauline Dubuisson avant lui, il met en évidence les possibles distorsions qu'apporte sa version. La démarche est honnête, sincère et très émouvante. Sans imposer de certitudes, Philippe Jaenada donne un reflet vraisemblable de ce qu'a pu être la personnalité de Pauline Dubuisson et de la manière dont elle a pu agir sur les évènements et y réagir. Il rend palpable l'admiration-fascination qu'il éprouve pour cette jeune femme. En outre, la narration permet de mettre en perspective deux époques : celle de l'après-guerre et le présent. Elle nous fait prendre conscience de l'évolution du sort des femmes et nous met en garde sur les possibles retours en arrière. En cela, "La petite femelle" peut aussi être un livre militant. Pauline, dans sa volonté de vivre librement et d'assumer ses choix, est, en quelque sorte, la grande soeur de celles qui brûlèrent leur soutien-gorge à la fin des années soixante. Trop tard pour Pauline, pour cette toute jeune fille qui cherchait un épanouissement ailleurs que dans le mariage et la maternité.

Mon enthousiasme pour "La petite femelle" est-il visible ? D'une page à l'autre, parfois d'une phrase ou d'un mot à l'autre, je suis passée du rire à la révolte à l’écœurement à la colère à la tristesse... Il me semble avoir ressenti, au fil de ces 700 pages si vite lues, l'ensemble des sentiments humains, des plus beaux aux plus odieux. Je suis émerveillée par la méticulosité avec laquelle l'auteur a mené son enquête, par son écriture qui sait si bien la raconter et tracer un portrait nuancé d'une femme et d'une époque. Sans conteste un grand coup de cœur pour le livre et pour l'auteur que je n'avais jamais lu !

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