Karoo de Steve Tesich

8,6€ // 600 pages
Paru le 13/02/2014
EAN : 9782757833056

Karoo

Steve Tesich

Littérature

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Égoïste et cynique, Saul Karoo ment comme il respire et noie ses névroses familiales dans la vodka. Son métier, script doctor, consiste à dénaturer des chefs-d’œuvre pour les aligner sur les canons hollywoodiens. Quand sa carrière croise celle de Leila Millar, une jeune actrice médiocre, il décide contre toute attente de la prendre sous son aile. Car ils sont liés par un secret inavouable…


Né en ex-Yougoslavie en 1942, Steve Tesich a grandi aux États-Unis, où il est devenu dramaturge et scénariste. Karoo est son second et dernier roman, achevé quelques jours avant sa mort brutale en 1996.



« Virtuose et saisissant. »

Le Magazine littéraire


« Une fiction époustouflante. »

Télérama


« Une grande tragédie contemporaine. »

Vogue


Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Wicke

Tous les titres du même auteur
 

Commentaires

10 juin 2014
stéphanie Camous

Quelle histoire que celle de Saul Karoo ! Désabusé par le fait de ne plus ressentir l'ébriété, il est contraint de passer son existence à masquer cet état pour tenir sa réputation. Comment en est-il arrivé là ? Il raconte alors sa vie et ses relations avec sa presqu'ex-femme et son fils avec un cynisme hilarant. C'est pour regagner la reconnaissance de ce dernier qu'il s'engagera dans un projet machiavélique. Bien que long à se mettre en place, le roman est plaisant à lire tant l'humour est présent.Du monde du cinéma, aux relations amoureuses, à la vieillesse, rien est épargné par l'analyse cinglante du personnage.

7 juin 2014
Chantal Guérinot

J'ai beaucoup aimé ce livre où je n'ai pas trouvé aussi détestable ce personnage de Saul Karoo.
Ce Karoo, avec tous ses mensonges, se ment aussi à lui même et a peur de la vie. Il fuit.
On voit tout au long du livre son cheminement vers la vie, son ouverture aux autres, se laisser à aimer... Et là, il se prend la vie en pleine face avec une dure réalité.

Sur ses mensonges :
« Je ne mens pas parce que j'ai peur de la vérité mais, plutôt, en tentative désespérée de préserver ma foi en son existence. Quand je mens, j'ai l'impression de vraiment me cacher de la vérité. Ma terreur, c'est que si jamais je cessais de me cacher de la vérité, je pourrais découvrir qu'elle n'existe même pas. »
On est baladé tout le long du livre. Et à la fin, on se demande si on a pas été mené en bateau par ce plus grand menteur de tous les temps.
Les dernières pages sont tragiques mais laisse un message clair : prendre conscience de la vie, de l'amour et que le « rien » ne peut-être rattraper.
C'est un roman puissant qui restera dans ma mémoire.

6 juin 2014
Alice MONARD, membre du jury

Voici un livre dont j'attendais beaucoup tant les critiques avaient été unanimes sur le chef d'oeuvre.
J'ai eu beaucoup de mal à le lire au moins pendant les deux premiers tiers, ce qui est beaucoup ! Trop cynique, trop égocentré ce personnage de Karoo : très déplaisant au point que la lecture en devient désagréable. Rien à sauver, rien à aimer, de l'ennui car il est riche, n'arrive pas à aimer (ni son ex femme pathétique, ni son fils), ne pense qu'à lui, se regarde vivre, s'écoute parler dans des restaurants plus chics et insipides les uns que les autres. Donc un univers où je n'aimais pas être (cela peut arriver, mais les personnages sont alors intéressants ou caustiques mais intelligents). Là je me suis accrochée pour ne pas fermer le livre. Heureusement, il y a Leila, une serveuse qui rêve d'être actrice. Et enfin on a des choses à se mettre sous la dent. Une histoire se trame, dont on devine qu'elle finira mal. Et alors l'humain arrive, ou au moins l'interrogation ... Pourquoi vivons-nous, que faisons-nous de notre vie ?
Mais cela n'a pas réussi à sauver totalement ce livre pour moi.

3 juin 2014
fabienne deveaux-poissy

magnifique aveu-fiction de la lâcheté masculine devant le fait d'être soi pour soi, pour son enfant. écriture d'une infinie tendresse, humour et auto-dérision, à conseiller à tous les mauvais pères et mauvais maris, quel dommage qu'il ne soit connu que maintenant en France ! ce livre réparera j'en suis sûre les femmes et les enfants délaissés; quelle classe ! fiction ou réelle analyse ?

27 mai 2014
Marie d'Eshougues (membre du jury)

Exhibitionniste de son intimité, Saul Karoo a tous les défauts. Il aime mais ne peut le faire qu’en public. Il ment pour complaire à son entourage, pour rester dans le rôle que les autres lui ont donné. Ce livre parle d’amour, de tous les amours, de qui nous sommes à travers le regard des autres, de la lâcheté consciente et assumée et des regrets. Nous suivons Saul le lâche à travers sa triste vie racontée de manière très sobre (au grand désespoir de cet anti-héros). Ce livre est à lire absolument pour entrapercevoir un bout de l’âme humaine, un bout de notre âme.

26 mai 2014
Sandrine (Membre du jury)

Ah Karoo !!! Quel horrible personnage, quel épouvantable égoïste imbu de lui-même et si persuadé de sa supériorité. Quel lâche magnifique. Quel insupportable type qui voudrait tant être et qui n’est rien. Qui ne sait que saccager tout autour de lui et qui pense se remettre en question quand il se trouve des excuses. Comment ai-je pu m’attacher à lui, cet être insauvable qui pour son malheur est entouré de gens comme lui. Comment ai-je pu refermer ce livre avec un pincement au cœur de le quitter ainsi. Comme j’espère que son auteur ne fut pas comme lui…
J’ai aimé donc avec un bémol, ce dernier chapitre étrange, onirique, qui nous aide en fait à quitter Karoo et à le laisser voguer, seul, encore et toujours.

« Presque tous les cadres des studios et presque tous les producteurs que je connaissais avaient comme assistant un jeune homme du nom de Brad. Les Brad étaient les Maria de l’industrie du cinéma. »

« J’étais l’une des balles perdues de notre époque. »

« Et, donc, je ne peux que me demander (alors que nous poursuivons notre discussion) : si Cromwell est mauvais – et je sais qu’il l’est -, s’il est l’homme le plus mauvais que je connaisse, alors qu’est-ce que cela fait de moi ? »

« Et mon cœur s’élançait également vers ce Dieu solitaire, tout en haut, qui ne pouvait pas revenir régler les choses sans détruire l’homme. »

22 mai 2014
Carla Lavaste

Cette tragédie contemporaine emporte le lecteur dans la spirale infernale dans laquelle s’enferme, de son propre fait, Saul Karoo, principal protagoniste et narrateur de l’histoire. Karoo a beau être veule et égoïste, on ne peut s’empêcher de le trouver attachant, peut-être parce qu’on reconnaît en lui des travers bien humains. Entre savoir ce qu’il serait bien de faire et le faire, il n’y a pas toujours qu’un pas, tant s’en faut. Dès le départ, on comprend qu’il ne s’agira pas d’une histoire avec une happing end, comme aime tant à les produire Hollywood, et ce alors même que Saul Karoo est expert en rattrapage de films ratés ou ne répondant pas assez aux canons du bonheur made in la Cité des Anges. De fait, Karoo mène une vie qui se révèle être comme l’antithèse de ce qu’il accomplit dans le monde de la fiction. Sa tentative pour se racheter ne fera que le précipiter vers sa perte : victime de son hubris, Karoo finira par détruire ceux qu’il avait appris à chérir. Une histoire poignante, merveilleusement bien écrite.

21 mai 2014
Delphine Lahary (jury)

Saul Karoo, personnage cynique, égoïste, sans empathie y compris pour son propre fils, taille dans le vif les manuscrits, films ou romans pour en faire des succès hollywoodiens. C'est le parcours de cet anti-héros que le roman nous fait suivre, avec sa rencontre avec Leila Millar, une jeune actrice qu'il va porter. L'histoire oscille entre tragédie oedipienne et fait divers sordide. C'est ensuite la vie de Saul qui sera réécrite, le prenant à son propre piège.

Autant les deux premiers tiers du roman, avec la critique de cette société américaine sont plutôt brillants et se lisent agréablement, autant la fin est plus poussive. Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un roman "époustouflant", comme indiqué en 4ème de couverture.

15 mai 2014
Corinne Mathieu

Tout n'est que fiction et mensonge dans Karoo.
D'abord, le personnage : Saul Karoo. Archétype synthétisant à lui seul toutes les tares de la société américaine (obèse, matérialiste, égoïste, cynique, malade), seuls la fiction et le mensonge justifient son existence.
La fiction est en effet son moyen de vivre (et il en vit très bien) puisqu'il est script doctor dans l'industrie cinématographique, ce qui consiste à bousiller des chefs-d'oeuvre pour les conformer à la vision technicienne et consumériste des canons hollywoodiens.
La fiction est également sa manière de vivre puisque Karoo ne vit que dans le mensonge et a constamment besoin d'un public pour incarner les différents rôles de sa vie : mari , père, ami, amant. Il joue même à être ivre puisqu'une étrange maladie l'empêche d'être saoul pour de vrai !
Mais c'est lorsque ses deux univers mensongers vont entrer en collision que Karoo va faire de sa vie un chef-d'oeuvre, bien plus près de la tragédie oedipienne que de la comédie à l'eau de rose américaine.
Karoo n'est pas un petit chef-d'oeuvre. C'est un grand chef-d'oeuvre, un "chef-d'oeuvre magnum" qui approche au plus près la vérité de l'homme car "ce sont les mensonges que nous racontons qui seuls peuvent révéler ce que nous sommes."
Ainsi, tout n'est que vérité dans Karoo et cela crève les yeux.

7 mai 2014
Manon Lisait (membre du Jury)

Que dire de cet étonnant roman... Difficile de choisir un angle d'attaque pour parler d'un texte aussi particulier. Karoo est un livre déconcertant qui assume sans détour ses insultes à la morale, à toutes les valeurs les plus élémentaires et universelles avec lesquelles on grandit, et qui brode dans un schéma très classique le portrait noir d'un monstre qu'on ne voudrait même pas en peinture. Sous ce titre se cache l'orgueil démesuré d'un écrivain raté qui regarde de loin la machine Hollywoodienne en se prenant pour Dieu le Père, transgressant impitoyablement la plume de gens bien plus talentueux que lui.

Le début, reconnaissons-le, est brillant et original. Steve Tesich choisit d'attaquer fort et installe son lecteur dans un salon new-yorkais mondain et superficiel où les invités font rouler en riant des noms roumains dans leur gorge comme si c'étaient des petits fours, se délectant du plaisir sémantique apporté par une la politique internationale, tuant leur ennui profond à coup de potins et de noms exotiques. Cette scène est vue par les yeux de Saul Karoo, un homme qui subit sa sobriété, caméléon invisible caché près des plantes vertes qui regarde de loin son ex-femme circuler, zombie absent qui s'ennuie et préférerait noyer ça dans l'alcool qu'affronter le monde, la réalité, son âge et son fils adopté. Karoo est riche, reconnu, seul, méchant, égoïste, cynique et exhibitionniste. Son métier ? Prendre des scénarios et les retravailler. En faire des textes bien ficelés et attendus, des succès commerciaux qui vendent.

J'aurais vraiment aimé que ces premières pages soient une nouvelle à elles seules. Quel brillant portrait désabusé d'une société qui roule à la drogue, à l'alcool, aux mesquineries et à l'argent. Ces pages sont efficaces et intelligentes. Le reste du texte est extrêmement intelligent aussi, aucun doute là-dessus, mais n'a pas été travaillé avec autant de soin que ces pages, mis à part quelques scènes comme celle du restaurant et des clochettes ou celle de la rencontre avec celui qui porte le manteau de son père, et la dernière partie du texte, qui en passant de la première personne à la troisième, dérobe tout ce qui lui restait de dignité à Karoo quand sa vie malgré lui devient un fait divers.Mais la plume abrasive de Tesich perd tout de même un peu de son tranchant au fil des six cent pages d'odyssée que vit Karoo.

Difficile de ne pas penser à Dos Passos, à Brett Easton Ellis, à tous ces personnages boiteux et tristes entre New York et Los Angeles qui finissent leur vie seuls et incapables d'aimer qui que ce soit, quel que soit leur statut social ou le chiffre sur leur compte en banque. Karoo n'a aucune chance face à ce destin, même si certaines prises de conscience (les retrouvailles avec son fils, la vision de son père, sa relation avec Leila, et même l'ultime vue de sa mère vieillissante) laissent espérer qu'il reprendra le droit chemin. Il transgresse tout, par ennui, par caprice, manque de respect à tout le monde et finit obèse, incontinent, seul, humilié et malade, spolié de tout ce qui lui restait : la capacité de dire "je", le contrôle de ses sphincters, ceux qu'il aime et l'anonymat. A son tour, quelqu'un va s'emparer de sa vie et la dénaturer pour en faire un succès commercial, et c'est ainsi que le karma (ou l'industrie, selon le point de vue) fonctionne.

Largement apprécié de la critique, ce texte est intelligent et authentique. Je ne laisserai pas la frustration de la mort de l'auteur il y a déjà plusieurs années altérer mon avis et dirai franchement que malgré de grandes qualités je me suis un peu fatiguée de le lire. Le talent de l'auteur est indéniable, et le roman ne laisse pas indifférent, mais il est loin d'avoir changé ma vie. Il s'inscrit dignement dans la lignée des romans new-yorkais sur les désaxés de la Grosse Pomme en quête d'un sens qui vienne donner une direction à leur vie mangée par l'égoïsme et le cynisme, mais ne la révolutionne pas.

29 avril 2014
Françoise Maurel ( membre jury)

Juste comme je pose un livre à peiné terminé , deux ou trois fois par an à peine , je crie ( presque) à mon compagnon qui ne lit ( presque) pas de romans :
« ce bouquin, faut ab-so-lu-ment que tu le lises ! » .
Et c’est exactement ce que j’ai fait hier en terminant « Karoo » , de Steve Tesich .

Tesich y décortique la pensée humaine, sans jamais psychologiser ou psychanalyser les événements. Plus justement que « décortiquer » les pensées de ses personnages, il les pulvérise , les explose , les broie : plus rien de ce qui est inconscient en eux ne nous est caché et on apprend même les dessous des dessous de leurs inconscients , ces minuscules petites choses qui , parfois, parce qu’elles nous font grimacer ou sourire dans le métro , ou bailler en écoutant notre belle mère , ou roter à table , vont changer le cour d’une soirée , vont provoquer une rencontre, vont entraîner une dispute ou une tentative de meurtre .

L’écriture dans « Karoo » coule , coule , de surprises en incongruités , et nous on s’accroche, on s’y prend, on s’y empêtre , comme dans un bon roman policier qui n’aurait ni flic, ni poison, ni crime , ni coupable mais bien sûr jamais, jamais … d’innocent !

Tesich , dans « Karoo » , par ses descriptions fines de notre société moderne et ses excès , est un anthropologue écrivain, un sociologue d’écriture , un économiste de nos relations humaines , un sacré-sacré bon romancier !

Le petit résumé biographique en fin d’ouvrage m’apprend tristement qu’il est mort bien trop jeune …

28 avril 2014
Sarah Guighui (juré)

Drôle, sarcastique, satirique, décortiquant avec dérision la société américaine, le milieu requin du cinéma, vilipendant sans vergogne les pseudos intellectuels new yorkais, Steve Tesich - lui-même scénariste pour Hollywood - nous livre un roman acerbe, qui après avoir démarré sur les chapeaux de roue, continue son rythme de croisière, n’épargnant personne sans jamais tomber dans le règlement de compte de mauvais goût. Son écriture est sèche, sans équivoque, elle épingle là où il faut avec humour et finesse, ce qui m’a fait passer un agréable moment de lecture sans langue de bois.

25 avril 2014
Michèle Finance (membre du jury)

Une prouesse littéraire pourtant très agaçante mais qui sonne juste et vient secouer, l'un après l'autre, tous les mythes américains.

23 avril 2014
Alicia Basso Boccabella

Attirée par la couverture brillante de ce livre, et le fait qu'il soit dans la sélection pour le prix de l'année 2014, je n'ai pas hésité à acheter ce livre, et je ne suis pas déçue.

Livre de la déchéance attachante, à la fois unique et universelle, je me suis terriblement attachée au personnage de Saul. Même si fréquemment, je me demandais si ses mensonges ne déteignaient pas sur lui-même et donc sur nous, avec la focalisation intérieure. J'ai fréquemment souhaité voir la scène de l'extérieur, pouvoir la lire selon le personnage de Leila par exemple, mais je crois que ça aurait enlevé au cachet du livre...

Une seule chose me déçoit finalement : la fin. Elle est hallucinée, et je pense avoir compris ce que l'auteur voulait faire, mais cette intervention divine (même "néantisée" pour ainsi dire), m'a énormément dérangée car je ne retrouvai pas l'auteur que je venais d'admirer pendant les 400 pages précédentes. JE trouve que cette fin gâche le livre, et la critique virtuose de la société et du cinéma américain qu'il fait.

C'est un très beau livre, une très belle écriture et une magnifique découverte. Mais cette fin me laisse un goût amer...

18 avril 2014
Christiane Capelle (membre du jury)

C'est un roman coup de poing. Tout y est démesuré. Le style de l'auteur, les événements, les protagonistes de l'histoire, le déroulement de l'intrigue et bien sûr aussi la fin.
Saul Karoo vit dans l'apparence la plus totale. Rien de ce qu'il montre de lui n'est vrai. Dans ce milieu du cinéma, la vérité, les sentiments sincères n'existent pas. Saul, sous ses dehors outrés, son manque d'empathie, son cynisme, son égoïsme, sa lâcheté, ses mensonges permanents, son alcoolisme et son hypocondrie (cela fait beaucoup pour un seul homme)est en fait un homme de chair et de sang, lucide sur lui-même et ce qui l'entoure, incapable d'intimité avec qui que ce soit. Au fond c'est un homme capable d'amour et de bonté mais incapable de les exprimer. Quand l'occasion de se "racheter" se présente, il n'hésite pas, s'y lance à fond mais n'est-il pas trop tard? Il en fait trop, ou pas assez, ou mal. Tout lui échappe et le conduit à la tragédie finale.
Brillant.

15 avril 2014
Sylvie Vander Donckt (membre du jury)

Brillant. Carrément brillant.
Et je ne parle pas que de la couverture de l’édition de poche.
Je parle du roman, et de son auteur Steve Tesich, paix à son âme pour notre plus grand malheur à nous, pauvres lecteurs désormais privés de son talent.
Mais en aucun cas je ne parle du personnage principal, Saul Karoo, quinquagénaire plutôt peu reluisant. Ou alors il faudrait dire de lui qu’il brille par son cynisme, sa lâcheté et son égoïsme. Un type pathétique et détestable. Ce qui n’empêche pas la « profession » de lui reconnaître depuis longtemps un talent certain : Karoo est doué pour réécrire des scenarii de films de façon à les calibrer « purs produits hollywoodiens grand public », quitte à massacrer des chefs-d’œuvre en puissance.
Ce stéréotype de l’antihéros, qui se rêve en Ulysse au cœur d’une odyssée futuriste, est un raté. Son mariage, son fils adoptif, son assurance-maladie, sa santé, tout lui échappe. Même l’ivresse se refuse à lui, malgré les litres d’alcool qu’il ingurgite à la moindre occasion. Limite cinglé mais terriblement lucide sur lui-même, Karoo est incapable de sincérité. Menteur patenté, à force de manipulations et d’hypocrisie, il perd de vue la réalité, aveuglé par son déni. Jusqu’au jour où un éclat de rire sur une cassette-vidéo le bouleverse et laisse espérer que sa carapace de superficialité va bientôt exploser.
Et là, de détestable, Karoo en devient presque touchant. En tout cas pour le lecteur. Parce que sa future ex-femme continue à le trouver ridicule et méprisable.
Sur la voie de la rédemption (croit-il), Karoo tente alors de sauver les meubles de sa vie, de recoller quelques morceaux, de remplir le vide intersidéral de son existence. Il se voit en artisan d’un happy end en guimauve technicolor, grâce auquel le vrai Saul Karoo serait enfin révélé au monde.
Critique féroce d’une certaine industrie cinématographique cheap et sentimentale made in US, mais aussi d’une société superficielle, égoïste et décadente, ce roman pourrait être désespérant. Mais l’humour – noir, cynique – est présent à toutes les pages. Entre Ulysse et Œdipe, le roman de Karoo est une tragédie moderne dramatiquement drôle, avec des moments de réelle tension, voire d’émotion.
Un grand roman américain, magistralement écrit et traduit.
Virtuose.
Saisissant.
Brillant.

De la littérature, quoi.

14 avril 2014
Christine Kerjosse (jury)

Un pavé avec un héros atypique qui boit mais n'est jamais saoul, les années 90, le monde du cinéma, tout cela est décrit minutieusement. Le héros peu sympathique le devient au fil du récit.
Un livre étonnant, intéressant mais pas incontournable, j'avoue que les longueurs parfois m'ont gênée. Un avis partagé donc.

14 avril 2014
Carla Lavaste

Cette tragédie contemporaine emporte le lecteur dans la spirale infernale dans laquelle s’enferme, de son propre fait, Saul Karoo, principal protagoniste et narrateur de l’histoire. Karoo a beau être veule et égoïste, on ne peut s’empêcher de le trouver attachant, peut-être parce qu’on reconnaît en lui des travers bien humains. Entre savoir ce qu’il serait bien de faire et le faire, il n’y a pas toujours qu’un pas, tant s’en faut. Dès le départ, on comprend qu’il ne s’agira pas d’une histoire avec une happing end, comme aime tant à les produire Hollywood, et ce alors même que Saul Karoo est expert en rattrapage de films ratés ou ne répondant pas assez aux canons du bonheur made in la Cité des Anges. De fait, Karoo mène une vie qui se révèle être comme l’antithèse de ce qu’il accomplit dans le monde de la fiction. Sa tentative pour se racheter ne fera que le précipiter vers sa perte : victime de son hubris, Karoo finira par détruire ceux qu’il avait appris à chérir. Une histoire poignante, merveilleusement bien écrite.

17 mars 2014
moulin

Alors comment vous parler de roman hors norme, de cet OVNI littéraire qui m’a scotchée pendant plus de 600 pages ? Cela fait plusieurs semaines que je l’ai lu, incapable d’écrire quoi que ce soit tant j’ai été époustouflée par ce tourbillon où se mélangent l’haleine de Saul Karoo empâtée d’alcool, de cigarettes et le paraître, l'argent. Car nous sommes à Hollywood, lieu de cinéma où la vie se joue comme dans un film où tous les coups sont permis. Se définissant lui-même comme un écrivaillon, Karoo réécrit des scénarios. Bons ou mauvais, sans aucun état d’âme ou si peu, il y laisse son empreinte. Cinquantenaire, séparé de sa femme, il se défile sur tous les plans. Mauvais mari, père lamentable, sa relation avec son fils Billy étudiant est inexistante. Pire, il se cherche des prétexte ou en invente pour éviter ne serait-ce qu’une conversation avec lui. Karoo est devenu très habile pour retourner sa veste dans le milieu du cinéma comme dans sa vie personnelle. A force de boire, l’alcool ne lui fait plus aucun effet et quand le public attend de lui son "show", il fait semblant d’être ivre. Lorsque le producteur Jay Cromwell lui propose de retravailler pour lui, Karoo accepte allant à l’encontre une fois de plus de ses soi-disant principes. En visionnant le film non monté d’un réalisateur dont Crowell s’est débrouillé pour avoir les droits, Karoo reconnaît une serveuse à sa voix. Pas n’importe quelle serveuse car il s'agit de la mère naturelle de Billy que lui et Dianah ont adopté à sa naissance. Karoo se met en tête de la rencontrer mais surtout de réunir la mère et le fils en y voyant l’acte grandiose de sa vie. Sa collaboration à ce film va le mener au sommet de sa carrière mais l’entraîner dans une chute vertigineuse.
Dans cette grande comédie humaine, Karoo danse dangereusement au bord du gouffre pour y retirer une satisfaction purement égoïste. Se croyant à l’abri de tout et surtout du pire, narguant l’existence, il va sombrer lamentablement.

Roman jubilatoire, cynique, tragique et émouvant, j’ai éprouvé tour à tour de l’antipathie et de l’attachement envers Karoo. Personnage pathétique, terriblement humain qui a voulu voler de façon illusoire à voler trop près du soleil, les pieds fermement attachés dans une forme de bassesse dorée.
On se prend une claque en pleine figure ! La dérision, l’absurdité et le prix de la rédemption à payer sont féroces. Un livre puissant et à part où Steve Tesich captive son lecteur ! Du grand art !

4 février 2014
Sébastien Socias (lesartsausoleil.centerblog.net)

Il y a une telle urgence dans ce roman en forme de chronique de la mort annoncée de son propre auteur (Steve Tesich disparu peu après l'écriture de cet ultime opus) qu'il porte en filigrane, mais aussi au-delà du fond, une forme narrative qui participe du plaisir du lecteur à se laisser embarquer dans un voyage au pays des apparences et de la création, qu'on ne peut que l'adorer si on aime à la fois le cinéma et la littérature.

C'est à la fois un voyage, une odyssée américaine, un chemin de croix, un aboutissement et un conte moral. A moins que ce ne soit tout simplement la démonstration magistrale de l'absurdité de l'existence... en tout cas, ça ne peut pas laisser indifférent !

http://lesartsausoleil.centerblog.net

 

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