La Grâce des brigands de Véronique Ovaldé

6,9€ // 288 pages
Paru le 09/05/2014
EAN : 9782757843086

La Grâce des brigands

Véronique Ovaldé

Littérature

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Un soir de juin 1989, Maria Cristina Väätonen reçoit un appel de Lapérouse : la voici replongée dans les méandres de son enfance au Canada. Pourtant, elle a quitté son village à seize ans. Elle est devenue un écrivain célèbre et elle mène une vie libre et scandaleuse en Californie. Mais, au fond, elle est restée la vilaine sœur. Il lui faudra revenir sur ses pas pour conquérir définitivement sa liberté…


Née en 1972, Véronique Ovaldé est notamment l’auteur de Et mon cœur transparent et de Ce que je sais de Vera Candida, tous deux largement primés.


« Alternant humour et gravité, Véronique Ovaldé nous offre ici une splendide variation sur le thème des perdants magnifiques. »

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« La Grâce des brigands réussit la prouesse d’être aussi diablement romanesque que diablement poétique. »

Le Point



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Commentaires

18 juin 2014
Nathalie, membre du jury, blog Fais-moi les poches

Du Canada puritain à la Californie, il n'y a qu'un trajet que la jeune Maria Cristina Väätonen va se décider à effectuer, adoubée discrètement par son finlandais et taiseux de père. Les études seront pour elle l'occasion rêvée de quitter les griffes d'une famille et d'une communautés peu portées sur la bienveillance où "ce qui était dit n'était jamais ce qui était prononcé". De s'affranchir de la culpabilité d'une soeur dont le cadran biologique est resté bloqué à l'adolescence.

Nous sommes dans les années 1970, à Los Angeles. Pour Maria Cristina, les occasions de s'émanciper sont partout, tout le temps. En devenant secrétaire particulière de Claramunt, sulfureux écrivain à forte tendance mégalo-mythomane, elle plonge dans un univers qu'elle ne soupçonnait pas. Pour garder les pieds sur terre, il y a la protection bienvenue de Joanne, sa colocataire fantasque. Et puis Judy Garland, ce chauffeur mystérieux. Ses rêves d'écriture se concrétisant, elle va rencontrer le succès, dépasser le maître Claramunt. Et puis un jour le téléphone sonne et signale que c'est l'heure des comptes, là-bas, à Lapérouse, Canada. Pendant qu'elle y était persona non grata, son père est mort. Sa soeur a eu un enfant avec un gourou pétri de mauvaises intentions. Et sa mère a vieilli. Beaucoup.

Mais l'absence n'a pas effacé les liens. Maria Cristina va devoir donner de sa personne. A son corps défendant d'abord. Puis avec évidence.

Véronique Ovaldé confirme dans ce roman ses talents de conteuse (déjà bien présents dans Des vies d'oiseaux), à travers un mode de narration astucieux et une chronologie désaccordée. L'envie de savoir titille, tout au long du roman. Un état de grâce sans nul doute que cette lecture très recommandable.
http://fais-moilespoches.hautetfort.com/archive/2014/05/12/la-grace-des-brigands-veronique-ovalde-5368169.html

12 juin 2014
Dominique Alix (membre du jury)

C'est l'odeur de la Californie, ça sent l'herbe et l'océan »
Je n'avais jamais lu de livre de Veronique Ovaldé. Et je compte bien me rattraper. Car j'ai envie de retrouver cette manière bien personnelle de filer les personnages d'une plume bienveillante et lucide.
Il y a tout ce qu'il faut pour donner un vrai plaisir au lecteur : une histoire touffue, des personnages dessinés à petits traits précis et délicats, une écriture rythmée, pleine d'images. Petits cadeaux en intermède :des jeux d'écriture réussis, dont le chapitre « Ce qui pouvait prendre la forme de la liberté », page 130. Tous les parfums de liberté s'y déclinent comme une liste que chacun peut continuer à l'envi.
Dans l'Embellie (de A Olaffsdottir) comme dans la Grâce des brigands, on trouve le même élément déclencheur de la re-naissance des héroïnes en la petite personne d'un enfant mutique aux oreilles disproportionnées. C'est un drôle de hasard mais c'est, dans les deux cas, une bien jolie histoire, pleine de sensibilité et d'espoir.

10 juin 2014
stéphanie

Très beau roman sur l’émancipation.La mauvaise soeur arrivera à quitter Lapérouse , petite ville du Canada, pour vivre ses rêves de romancière à Los Angeles. Elle y apprendra à trouver le chemin de sa vie de femme libre. L'écriture est brillante et le suspens posé dès le début par la posture de la narration, nous tient en haleine tout le long du roman.

6 juin 2014
Marie d'Eshougues (membre du jury)

Roman au rythme un peu inégal, on le dévore puis on se lasse puis on le re-dévore. Mais c’est une histoire avec plein de poésie et de douceur. "Il y a une certaine grâce chez les perdants, les plagiaires et les brigands" mais il y a beaucoup de grâce chez Maria Christina.

6 juin 2014
Christiane Capelle (membre du jury)

Maria Cristina, écrivain, a fui une famille toxique et a fait sa vie aux Etats Unis. Elle n'est jamais retournée près des siens mais un coup de téléphone de sa mère lui intimant de revenir va l'obliger à faire face à son passés, à ses mauvais souvenirs. Un retour qui va changer sa vie.
Dans une écriture riche, dense mais fluide mélangeant gravité, humour, poésie c'est la découverte de l'amour pour cette femme et la conquête de sa liberté.
Hélas, la vie ne nous laisse pas toujours profiter de ce que nous avons acquis durement.

2 juin 2014
Michèle Finance (membre du jury)

Ce très beau roman est une réflexion sur l’écriture, mais c’est également (comme d’habitude chez Véronique Ovaldé) un portrait de femmes irréductibles dans un style baroque qui nous entraîne très loin au pays de l’imaginaire. La toxicité familiale est bien présente en toile de fond, mais rapidement le lecteur s’envole et parvient à échapper à cette chape de plomb pour retrouver l’espoir. Sans doute le meilleur roman de Véronique Ovaldé.Un coeur de coeur à partager sans retenue !

2 juin 2014
Vanille LN (Membre Jury)

"Maria Cristina Väätonen, la vilaine sœur, adorait habiter à Santa Monica".

Ainsi commence le nouveau roman de Véronique Ovaldé, qui marque une inflexion nouvelle dans son œuvre. Sans rompre avec l'univers du conte, du légendaire, de l'onirique qui habite chacun de ses livres, elle installe néanmoins cette fois-ci ses personnages dans des lieux qui existent réellement – Santa Monica, la Californie, New-York... Mais dans cette réalité spatiale s'infiltre l'imaginaire fantaisiste et acidulé de l'auteure.

L'héroïne est écrivain. Elle a connu le succès dès son premier roman, "La vilaine sœur", un récit autobiographique publié alors qu'elle était encore mineure et par lequel elle s'émancipe par l'écriture de son asphyxiante famille. Elle y raconte la folie et le mysticisme bigot de sa mère, la jalousie de sa sœur qu'elle a failli tuer accidentellement, qui en est restée épileptique et n'a jamais pu dépasser l'âge mental de 14 ans, la dépression de son père taiseux et imprimeur analphabète. Ce premier roman témoignait de "la nécessité qu'elle (avait) ressentie de clôturer l'épisode lapérousien de sa vie et d'inventer quelque chose." Et son succès lui a permis de conquérir sa liberté, de s'installer en Californie, où elle a découvert d'autres modes de vie, de nouveaux territoires existentiels et où elle a rencontré Rafael Claramunt, ex-grand écrivain argentin exilé, poète drogué, potentiel "nobélisable", qui devient son amant, son pygmalion et, selon les apparences, son protecteur...

Lorsque nous rencontrons Maria Cristina au début du roman, nous sommes à la fin des années 80, elle a une trentaine d'années et est "encore dans l'insouciant plaisir d'écrire, acceptant la chose avec une forme d'humilité et le scepticisme prudent qu'on accorde aux choses magiques qui vous favorisent mystérieusement". Elle a fui quinze ans plus tôt Lapérouse, "ville calme et froide" du grand nord pour échapper à la dictature paranoïaque de sa mère. Mais son passé et sa famille la rattrape à la faveur d'un appel téléphonique de sa mère, à qui elle n'a pas parlé depuis des années et qui lui dit qu'il faut absolument qu'elle vienne à Lapérouse. Maria Cristina "prononce prudemment" qu'elle va voir. Malgré ses réticences, elle décide de faire le voyage, même si "elle sait qu'aller jusqu'à Lapérouse va la replonger dans son enfance". Et l'on se demande avec le narrateur "pourquoi Maria Cristina s'est-elle aussitôt envolée au moindre commandement de sa mère, pourquoi a-t-elle laissé tomber son sublime confort angelin, ses palmiers cosmétiques, ses amis et son Pacifique, pourquoi a-t-elle répondu dans la seconde à l'injonction de sa mère, pourquoi retourner à Lapérouse, attendait-elle un signe de sa mère depuis tout ce temps, aspirait-elle à une réconciliation, que celle-ci lui dise, Nous sommes toujours là, nous t'attendons. Maria Cristina se sent-elle vraiment encore coupable ?". Et l'on comprend rapidement que le monde de Maria Cristina est "un monde de contradictions".

La structure même de la narration rend compte de ces contradictions, à la fois distinctes, en résonance et symboliques.

D'un côté, la vie à Lapérouse, digne d'une légende ancienne, avec son atmosphère sombre de conte d'autrefois, cette maison d'un rose improbable dans cette bourgade du bout du monde perdue entre marais et forêts étranges... C'est le lieu et le temps des mauvais rêves, des jalousies, de l'extravagance délirante de la mère, de la croyance en la possession par le Malin. Dans cette ambiance insolite se dessine puis s'impose progressivement l'attirance de Maria Cristina pour la littérature, la lecture d'abord puis l'écriture, en secret car on ne peut dans cet endroit farouche peuplé de fantômes lire ou écrire paisiblement.

De l'autre côté, il y a la vie américaine, hyper-réaliste celle-ci, presque sur-réaliste même. On y respire l'air californien, dans un univers fantasque de western baroque et de paradis artificiels, qui augure pour Maria Cristina une vie nouvelle, une émancipation, une libération. Et il y a Rafael Claramunt, qu'elle "aurait voulu ne pas écouter mais il y avait quelque chose d’excitant à l’entendre être aussi méchant, il disait du mal de tout le monde, il conversait avec son éditrice comme s’ils avaient été dans la même pièce, il s’installait dans un fauteuil, un Robusto à la main…". Son entrée en scène dans la vie de Maria Cristina marque un tournant décisif pour elle et pour le récit.

Entre ces deux histoires, celle du départ et celle du retour, racontées par un narrateur anonyme et omniscient, le personnage de Maria Cristina se révèle être l'incarnation de toutes les récurrentes obsessions de l'auteure explorées différemment. Plus introspective, moins "enchantée", ce huitième roman est aussi l'occasion pour l'auteure d'une réflexion sur l'écriture et le statut de l'écrivain portée par les personnages sans que l'on soit jamais dans la théorisation, sans affectation, mais au contraire avec beaucoup de naturel et de finesse. Ses thèmes de prédilection sont aussi bien présents : famille envahissante et étouffante, spiritualité, embrigadement, et féminisme, tous traités avec subtilité et élégance. L'écriture est toujours ample, dense, riche, tout à la fois romanesque et poétique, foisonnante sans excès, lyrique sans fausse note.

"Le but de toutes les histoires c'est de satisfaire le désir ardent de celui qui les lit". La grâce des brigands, roman magique dans lequel la réflexion épouse la fantaisie, y parvient au-delà de toutes les espérances.

28 mai 2014
Alice MONARD, membre du jury

J'adore Véronique Ovaldé et j'ai donc été très heureuse de découvrir La grâce des brigands dans la sélection.
Une fois de plus, elle nous emmène dans un univers bien à elle, avec des contrées reculées (Lapérouse, une maison "rose-cul", une mère très croyante mais très dure, un père aimant qui a du mal à le montrer). La jeune fille qui rayonne dans tout ce livre fuit cet univers sinistre dès qu'elle le peut et débute une vie d'écrivain, de femme libre et forte (comme la plupart des femmes de Véronique Ovaldé). Un mentor, une amie ... une nouvelle vie où se mêlent optimisme et coups durs, rose et gris. Tout n'est pas tout beau ou tout moche, mais il se dégage une grande force, une dynamique, un optimisme : rien n'est écrit, on peut prendre sa vie en main et avancer même quand le passé nous rattrape.
Nous retrouvons donc des vies cassées, mal bricolées, mais beaucoup d'humour, de poésie, un côté loufoque et parfois un peu magique.
Nous sommes embarqués dans ce tourbillon pour être déposés à la fin du livre entre tristesse et joie.
Toujours autant de plaisir à lire les livres de Véronique Ovaldé.

27 mai 2014
Sylvie Vander Donckt (membre du jury)

Maria Cristina Väätonen n’est pas née avec une cuiller en argent dans la bouche. L’étoile sous laquelle elle a vu le jour n’est pas si mauvaise que ça, mais Maria Cristina devra patienter 17 ans avant de rencontrer sa « bonne fée » dans un manoir sur les hauteurs de Los Angeles, qui la propulsera dans une autre dimension spatio-culturelle.
Entretemps, Maria Cristina grandit à Lapérouse, Canada, c'est-à-dire pas exactement au centre de l’univers. Son enfance est plutôt « compliquée », entre une sœur aînée jalouse et tapageuse, vaguement complice à ses heures, un père taiseux et mélancolique, et une mère bigote et aussi timbrée qu’un colis à destination de la planète Mars. Aucune destinée autre qu’étriquée ne peut advenir dans cet endroit.
Heureusement, Maria Cristina a une passion, coupable (aux yeux de sa mère) mais salvatrice (selon son père) : les livres, et l’écriture. Maria Cristina, « docile et finaude », douée à l’école, joue profil bas. Elle sait, elle sent que son heure arrivera : « l’apparente docilité de Maria Cristina était en fait un type de résistance. Mais une résistance tranquille et adaptée au contexte. Une résistance à ce que sa mère pensait faire d’elle, une résistance à son milieu. Une sécession silencieuse, en quelque sorte ».
La bouée de secours de Maria Cristina prend la forme d’une bourse pour UCLA, qu’elle décroche à 16 ans. Elle s’envole vers la Cité des Anges pour atterrir par le plus grand des hasards (mais il fait bien les choses) dans les bras de Rafael Claramunt, brillant écrivain à succès. Jouant les Pygmalion (pas tout à fait désintéressé), celui-ci fait publier le premier roman de Maria Cristina alors qu’elle n’a que 17 ans. Amour, gloire et beauté, strass, paillettes et illusions, la jeune fille est lancée dans la « vraie » vie…
Débutant en 1989 alors que Maria Cristina a la trentaine, et s’arrêtant le 17 janvier 1994 à 4h31 du matin, le récit remonte le temps pour retracer la genèse de la famille Väätonen, la vie (et la survie) de Maria Cristina et son adaptation (tant bien que mal) de provinciale godiche en uniforme de collégienne à L.A., ville de toutes les libertés dans les années 70.

Première fois que je lis Véronique Ovaldé, et c’est une bonne surprise.
Beau portrait de femme sauvée de la chape de plomb familiale par les livres (un thème qui me parle…), ce récit raconte drames et violences avec une apparente légèreté, porteuse d’espoir et qui empêche de sombrer dans le pathos. Si les événements sont douloureux pour la plupart, l’humour est néanmoins présent à travers une galerie de personnages décalés. Fluide, le roman vaut aussi pour son écriture faite de phrases tourbillonnantes qui envoûtent, aspirent et emportent dans un monde qu’on voudrait fait uniquement de grâce et de fantaisie.

26 mai 2014
Sandrine (Membre du jury)

Quelle écriture étrange que celle d’Ovaldé dans ce roman. D’abord agacée, par la répétition incessante du prénom de son héroïne par exemple, je fus ensuite transportée dans ce récit d’une femme qui a fui sa famille et ses souvenirs et qui doit y revenir… Des personnages un peu trop caricaturés, une émotion pas vraiment là, des sentiments pas expliqué mais un vrai monde, qui m’a plu et donné envie de lire encore cette auteure.

« Comment continuer à l’admirer tout en le faisant délicatement déchoir ? »

« Et nous étions dans l’un de ces moments miraculeux où l’homme des bois met un pied dans la clairière. »

« La force c’est un degré d’indifférence de plus. »

« Il y a toujours ce moment parfait où vous détachez les cordes qui étaient nouées à vos poignets, les cordes y laissent leurs marques et leur brulure et elles y laisseront longtemps leurs marques et leur brulure mais quel plaisir de pouvoir regarder vos poignets, de le faire plusieurs fois par jour et de n’y voir que la trace du cordage et pas le cordage lui-même. »

 

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