Une femme fuyant l'annonce de David Grossman

8,9€ // 792 pages
Paru le 04/10/2012
EAN : 9782757830413

Une femme fuyant l'annonce

David Grossman

Littérature

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Ofer, mon enfant, nous irons ensemble à la frontière palestinienne. Tu rejoindras le camion militaire et je partirai sans me retourner. Je marcherai sur les chemins de Galilée, avançant toujours, jusqu’à ton retour. Je n’irai pas seule. Avram, mon amour de jeunesse, sera avec moi. Je lui parlerai de toi, de tes colères, tes silences butés, ton sourire et tes sanglots. Ofer, mon enfant, reviens-moi.


Né à Jérusalem en 1954, David Grossman est l’auteur de nombreux romans abondamment primés et d’essais engagés, traduits en plusieurs langues. Il est officier de l’ordre des Arts et des Lettres.


« Un livre d’une force et d’une intensité extraordinaires, c’est LE chef-d’œuvre de David Grossman. »

Paul Auster


Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen


Prix Médicis étranger 2011

Tous les titres du même auteur
 

Commentaires

28 juin 2013
Jean-Claude Leclercq

Près de 800 pages,c'est le seul point commun avec "Freedom". C'est l'histoire d'une femme: Ora, de ses 2 hommes Avram et Ilan et de leurs 2 fils Adam et Ofer.
L'histoire démarre pendant la guerre de 1967 où les jeunes Ora, Avram et Ilan malades et quasi abandonnés font connaissance. On les retrouve au chapitre suivant en l'an 2000.
Ofer prolonge son service militaire d'une période de 28 jours dans le cadre d'une opération de police militaire. Ora l'accompagne à son casernement puis décide de parcourir le pays et d'être injoignable; selon son idée, son fils demeurera sain et sauf si on ne peut pas la joindre pour lui annoncer sa mort.
Ilan et Adam sont en excursion en Amérique du Sud. Ora part en "vadrouille" d'abord son ami le chauffeur de taxi arabe puis elle retrouve Avram (le père d'Ofer) qu'elle n'a pas vu depuis la naissance d'Ofer. Il vont parcourir ensemble le pays.
Les souvenirs s'entrecroisent; la vie de chacun des personnages nous est livrée peu à peu par des retours en arrière incessants.
La construction rigoureuse de Grossman empêche le lecteur de s'égarer; son style permet d'avancer dans le récit sans peine.
L'auteur nous épargne les lieux communs sur la guerre qui une toile de fond, une menace latente et l'épée de Damoclès au-dessus de la tête d'Ofer. Avram, prisonnier des Égyptiens et torturé, faillit être emporté dans une guerre précédente.
David Grossman reste toujours au près de ses personnages pourtant on achève la lecture du livre sans savoir clairement quel sort l'auteur a réservé à Ofer.
Très bon roman.

18 juin 2013
Jean-François JAMBOU

Hymne à la vie

Les lectures aléatoires dune sélection peuvent vous conduire à une œuvre majeure de la littérature contemporaine. Avec ce livre, nous accompagnons Ora fuyant la mauvaise annonce redoutée de la mort de son fils Ofer engagé sur le front de la guerre. En voyage initiatique inversé sur les terres de Galilée avec son ami et ancien amour, Avram, elle maintient son fils en vie par des dialogues d'une très grande richesse humaine.
Si ce formidable portrait de femme vaut par son intensité dramatique, ce refus du mauvais sort est avant tout un hymne à l'amour pour son fils et à sa terre. En recherchant dans les interstices de la mémoire, David Grossman retranscrit parfaitement l'humanité, la douleur d'une mère, l'intensité de ces moments cruels et la bêtise de la guerre. Mettre des mots sur tous ces états avec exigence et intelligence constitue le projet littéraire ambitieux et réussi de ce livre majeur de la sélection et bien au delà !

23 mai 2013
Julie F., membre du jury

Il m’est difficile de parler de ce roman tant il m’a bouleversé. J’ai mis beaucoup de temps à le lire, car j’ai souvent eu besoin de le mettre de côté pour assimiler ce que je venais de lire, et trouver un peu de légèreté grâce à une autre lecture. Parce ce roman, même s’il est rempli d’amour (envers sa famille, envers un amant, envers un pays,…), est dur par moment. C’est une lecture émouvante qui m’a totalement happée et dont je ne suis pas ressortie indemne.

14 mai 2013
nathalie Seghair, membre du jury

Comme un trou en plein coeur, "Femme fuyant l'annonce" est un très grand roman, écrit par un très grand auteur.
L'écho de cette intrigue rentrant comme en résonance avec la propre existence de Grossman, on ne peut que témoigner le plus grand respect devant son geste littéraire, sa sincérité aussi.
Roman dur et exigeant, il en faut, porté par la voix frénétique d'Ora.
Les mots ne peuvent protéger des balles mais ils sont une offrande faite au monde, la preuve que la vie existe par delà les champs de bataille, parce qu'ils sont Amour. Sublime.

26 avril 2013
géraldine muzeau

Difficile de retranscrire les émotions que ce roman a suscité chez moi. Je l'ai refermé bouleversée tant par l’histoire émouvante et terrible de ce trio amoureux que par l'écriture virtuose et torturée que Grossman met au service de cette avancée longue, pénible et expiatoire sur les chemins d'Israël.

Derrière la révolte et la fuite d'une mère, partagée par des sentiments contradictoires et ambigus, se cache une illustration de la complexité d'un pays dans lequel chaque destinée doit composer avec la guerre.

Complètement emportée par la force de ce roman, d'autant plus ayant pris connaissance de la biographie de l'auteur dont l'histoire tragique résonne en arrière plan.

8 avril 2013
Laurence Cadet (membre du jury)

Eh bien, je constate que je suis pour l'instant la seule à avoir une opinion plus modérée sur ce roman... Tant pis, j'assume...
Une femme fuyant l'annonce, David Grossman.
J'ai lu ce roman au moment de sa sortie en librairie car ma curiosité a été attisée par la grande campagne de promotion faite à cette occasion. J'avais notamment lu une belle interview de David Grossman, dans un grand quotidien national qui m'avait beaucoup plu.
Peut-être que j'attendais trop de ce roman. Peut-être aussi qu'une comparaison de l'auteur à Flaubert, lue dans une des critiques, a placé très haut le niveau de mes attentes... car j'ai finalement aimé ce récit mais sans parvenir à éviter un certain essoufflement dans les dernières pages.
Bien sûr, j'ai été emportée par la randonnée des personnages et par le lien intime qu'ils tissent avec leur environnement à l'occasion de leur longue marche. Bien sûr, j'ai aimé la complicité qui règne entre Ora et Avram. Evidemment, j'ai aussi trouvé passionnant le lien établi par l'auteur entre ses personnages et le contexte politique dans lequel ils évoluent...
Mais j'ai trouvé longs les passages d'introspection d'Ora. Peut-être étaient-ils trop douloureux, trop intimes, trop lancinants... Ce roman a fini par m'oppresser.

25 mars 2013
Richard RIMEUR, Membre du jury

Roman majeur, à mon avis, que celui de Grossman ce qu'il mêle les genres , l'intime, l'Histoire, l'élégie, avec un égal bonheur.

Trois,ou plutôt cinq , voire six personnages confrontés à leur propre histoire qui se confond avec celle de leur pays, Israël, sur plus de trente ans et trois conflits, s'ouvrant magistralement sur la Guerre des six jours, en passant par celle du Kippour pour se refermer sur une opération armée menée au tournant du siècle par l'armée Israëlienne.

Au commencement donc étaient Ora, Avram et Ilan, une jeune femme et deux jeunes hommes, prisonniers d'un conflit qui va façonner leur existence puis celles de leurs enfants.

Amoureuse d'Avram et d'Ilan, Ora est le personnage central du récit, sans lequel celui-ci ne pourrait aller à son terme.
Elle est le fil rouge, le guide de ce roman dont elle nous livre les clés une à une, ouvrant toutes les portes auxquelles David Grossman veut bien nous donner accès.

Roman à l'équilibre parfait, presque miraculeux (mais ne sommes-nous pas en Terre Sainte), nous contant la relation amoureuse chaotique d'Ora, Avram et Ilan, valant autant par ceux qui restent que par ceux qui partent.

Après 2 guerres dont les trois protagonistes ne sortiront pas indemnes, notamment Avram, qui sera fait prisonnier et torturé pendant la guerre du Kippour par les Egyptiens, Ora se mariera avec Ilan, en aura , Adam, retrouvera un Avram n'étant plus que l'ombre de lui-même mais qui lui donnera son second enfant Ofer, élevé avec Ilan

Dans un pays parfois au bord du gouffre, difficile de faire des choix définitifs

Lorsque son fils Ofer part pour une dernière opération de maintien de l'ordre, Ora, pressentant (redoutant ?) le pire, demande à son ami arabe Sami de lui faire traverser encore une fois traverser le pays afin de conjurer la fatalité. Sacrifiant son amitié avec Sami, elle retrouve Avram, Ilan et son fils aîné l'ayant quittée peu avant, pour partir randonner en Israë. Grossman avec une virtuosité narrative inégalée , s'empare de son roman à bras le corps, pour lui donner tour à tour un visage sensuel (certains passages souffrant la comparaison avec le Cantique des Cantiques) , dramatique, la guerre omniprésente Avec son cortège de victimes silencieuses, picaresque.

La fuite d'Ora lui permettra de retrouver son ami/amant Avram, le sort de son fils semblant avoir été mis en balance par des Dieux cruels, des Dieux bien trop humains toutefois.

Une œuvre sans concession, une œuvre totale, âpre, magnifique, belle tout simplement, constituant assurément le meilleur de la sélection proposée à ce jour.

8 mars 2013
Sandrine http://casentlebrule-sandy.blogspot.fr/

Je vous préviens tout de suite, je vais avoir beaucoup de mal à vous parler de ce roman tant je l'ai aimé. J'ai tellement de choses à vous en dire et en même temps, je ne sais pas par quoi commencer...
Je peux déjà vous dire que pourtant, lui et moi, c'était loin d'être gagné ! Lorsque je l'ai aperçu dans la liste des sélectionnés pour le prix du meilleur roman des lecteurs Points, j'étais loin d'être emballée... et en lisant quelques avis sur le net (juste 2 ou 3 pour ne pas être spoilée), j'étais même sur que je n'aurais jamais lu ce roman si je ne faisais pas partie du jury. Tout ce que j'en avais retenu c'était une mère israélienne qui craignait pour la vie de son fils, parti à la guerre. Je craignais de la tristesse à flot à chaque page (ai-je précisé que c'était une brique ?!), je craignais de m'enliser dans l'évocation du conflit israélo-palestinien, je craignais l'ennui... Bref, ce roman, je le regardais trôner sur la table de mon salon depuis des semaines, sans comprendre cette couverture, ni vraiment le titre et j'en appréhendais la lecture.

Et comme je me trompais ! Dès les premières pages, j'ai été secouée par le prologue, si particulier. Juste une date, 1967, pour situer... une date qui devrait évoquer quelque chose... une date qui reste vide de sens pour moi, pas très calée en histoire contemporaine ! Deux adolescents israéliens, Ora et Avram, malades, envahis par la fièvre, délaissés dans un hôpital alors que la guerre éclate... Des dialogues décousus, l'obscurité, l'ignorance de ce qui ce passe à l'extérieur, la solitude... tout concourt à rapprocher ces deux là. Tout aurait pu être si simple. Mais dans la chambre d'Avram, il y a aussi Ilan, très malade, ils ne sont pas surs qu'il survive.

En quelques pages, l'auteur avait su me mettre dans sa poche ! Quel talent pour nous plonger dans cette ambiance ! J'étais ferrée, bien décidée à faire la connaissance avec ces trois là, surtout Ora et Avram. après ce prologue, nous voilà propulsés en 2000. Ora accompagne son fils cadet, Ofer, à la guerre. Elle est inquiète, bouleversée, agit et parle sans réfléchir... on peine à reconnaître l'Ora que nous avions rencontré. Elle doit laisser son fils, c'est sa décision. Elle rentre dans son appartement vide, craignant à chaque instant qu'on vienne lui annoncer la mort de son fils. Et finalement, elle décide qu'elle n'attendra pas là. Un peu comme un pari, un peu comme pour défier le destin, elle croit que si ceux qui viennent annoncer les mauvaises nouvelles ne la trouvent pas, alors il n'y aura pas de mauvaise nouvelle. Un peu comme lorsqu'enfant, on décide de ne marcher que sur les dalles blanches ou grises.

Pour protéger son fils, elle emporte les sacs qu'ils avaient préparer pour leur randonnée en Galilée, ces journées qui devaient être celles du bonheur, elle emporte les 2 sacs et emmène de force Avram, son ami qu'elle n'a plus vu depuis 20 ans. Au grès des marches, des journées qui défilent, des efforts fournis et du combat contre leur propre corps, Ora et Avram se redécouvrent. Ora parle, beaucoup de son fils Ofer, pour contrer le destin, pour protéger ce fils qu'elle aime tant. Sans hâte, nous serons ce qu'est devenu Ilan et nous ferons connaissance avec Adam, le fils ainé d'Ora.

Moi qui craignait le pathos, j'ai été submergée par l'émotion que renferme ce texte, rempli de nostalgie, de joies, de peines, rempli d'amour surtout, d'amitié, d'amour maternel, d'amour charnel... J'ai été bouleversée (et je le suis encore !), bouleversée par l'histoire, par les histoires (!), bouleversée par les personnages. J'ai aimé Ora, immédiatement, j'ai aimé Ilan, même s'il n'a pas vraiment le beau rôle, j'ai aimé Adam et Ofer, j'ai surtout aimé leur description teintée de l'amour d'Ora, mais surtout j'ai aimé Avram. Avram, adolescent excentrique, artiste vibrant dans la moindre fibre de son corps, Avram adulte, brisé, réflechi.

J'ai tellement envie de vous faire partager à quel point ce livre est beau, à quel point il m'a touché mais je ne suis pas certaine d'y arriver. Je n'ai pas les mots pour le décrire. J'ai juste envie d'hurler : "LISEZ-LE !!!" J'ai envie de vous dire tout simplement, comme Béatrice, que c'est un chef d'oeuvre (et je vous invite à lire son billet tout aussi élogieux !) Et j'ai envie de remercier très fort les éditions Points parce que sans leur prix, je n'aurais jamais lu ce roman et je serais passée à coté d'un coup au coeur ! Et merci beaucoup à Cess d'avoir répondu à toutes mes questions ! Parce que le seul tout petit défaut que j'ai noté, c'est que j'aurais aimé un petit lexique pour expliquer certains termes ou fêtes juives, pour m'imprégner au mieux de l'ambiance... mais heureusement, il y a Wiki et Cess !

7 mars 2013
catherine Aubry Claudel membre du jury

Les superlatifs ne seront pas à la hauteur...
Alors quoi, pour un si beau roman ?
Et bien, une immense gratitude envers David Grossman et plus encore !
Conjurer le sort en fuyant un pressentiment et nous voilà partis.
Cette pensée magique nous met littéralement en marche avec Ora vers le Nord du pays. Avec elle, en croisant les doigts très fort, nous marchons en remontant le temps de son histoire et de celle des siens. C'est une marche de l'amour bien sûr, de la mémoire contre l'oubli aussi et des secrets qui délivrent en s'énonçant.
Mais que vaut une pensée magique face à une guerre interminable qui exige de chacun sa livre de chair ? Elle vaut par sa fonction de comblement d'une attente douloureuse.
Même si ce roman nous interroge sur nos propres craintes, c'est je crois surtout un livre sur l'espoir.Lui seul aurait le pouvoir de conjurer la violence de la réalité.
Malgré tout, c'est là où D.Grossman nous embarque, vers l'espoir. Jusqu'à cette question torturante que se pose Ora. Comment élever nos enfants ? Qu'ils soient assez forts pour affronter la brutalité de la vie mais qu'ils restent de bonnes personnes... L'espoir est dans cette dernière intention.
Alors oui, il existe des romans qui nous absorbent et la tragédie qui se lit se fait nôtre (Fabien Philippe parle de blessure).
C'est pourquoi, "Une femme fuyant l'annonce" est un grand livre.
"Tu te souviendras, dis ?"

5 mars 2013
Fabien Philippe

Il est des romans qui portent une blessure si profonde que celle-ci devient immédiatement la nôtre à leur lecture. «Une femme fuyant l’annonce» en fait partie.

David Grossman ouvre son roman avec un prologue magistral qui condense l’histoire à venir avec ces voix d’enfants qui rebondissent sur les murs d’un hôpital, et cette petite fille qui se refuse à arrêter de chanter. Un chant dans la nuit, voilà peut-être comment résumer le voyage en Galilée – dans la seconde partie de livre – que l’héroïne Ora va effectuer avec Avram, son amour de jeunesse, alors que son fils Ofer part à la guerre. Car plutôt que d’attendre seule chez elle son retour, elle décide de fuir, persuadée que si l’on ne peut la rejoindre pour lui annoncer une tragédie, son fils restera sain et sauf.

Commence alors ce voyage à pied à travers le pays. Voyage épuisant, éreintant, où les anciens amants s’abîment dans leurs souvenirs et qu’Ofer, le mari, le second fils prennent forme à travers la mémoire de la mère qui révèle les vérités insoupçonnées. D’aucuns trouveront qu’ «Une femme fuyant l’annonce» comporte quelques longueurs, mais ce sont ces creux dans le récit, cette errance au ralenti, ces piétinements où l’on se jette dans le passé en se refusant au futur, qui nous bouleversent et rendent si tactile cette douleur tremblée que chaque mot diffuse.

En filigrane, c’est bien sûr l’histoire d’Israël qui remonte, s’infiltre dans les veines et le quotidien de cette famille. Mais du pays, dont on connaît mieux les représentations de Jérusalem ou de Tel-Aviv, l’écrivain nous présente surtout sa nature plus sauvage. Les cailloux crissent sous les pieds, les pensées vagabondent, les bruits nocturnes nourrissent les rêves. Comme un retour incantatoire à cette terre pas encore territoire politisé à défendre jusqu’à la mort.

«Une femme fuyant l’annonce» est une œuvre essentielle sur le lien entre une mère et un fils, pris dans les horreurs de la guerre. Un véritable chant d’amour. Une ode à la paix.

16 février 2013
Julia

Ora a deux garçons d’une vingtaine d’années et vit en Israël. Persuadée qu’Ofer, son plus jeune fils, ne reviendra pas de l’expédition militaire pour laquelle il s’est porté volontaire, elle s’enfuit de chez elle pour que la mauvaise nouvelle ne puisse pas l’atteindre. En compagnie d’Avram, ami et amour de jeunesse, elle parcourt les sentiers de randonnée de Galilée, dévidant les souvenirs de l’enfance son fils, d’une famille en implosion et d’une histoire d’amour triangulaire à l’origine de tout.
Ce livre présente certains points communs avec Freedom, dans la manière de mêler la petite histoire individuelle à l’histoire collective d’un pays, la radiographie de la vie d’une famille aux grands événements politiques et évolutions de la société. C’est finalement ce dernier aspect que je retiendrai, parce que j’ai réalisé ce que signifie vraiment vivre au quotidien en Israël : avoir peur d’un attentat-suicide en montant dans un bus, devoir chercher un itinéraire sûr pour que son enfant puisse aller à pied à l’école, craindre à tout instant un coup de téléphone annonçant l’impensable… C’est évident, mais ce roman nous le renvoie en pleine figure : derrière chaque reportage-éclair du JT sur le conflit israëlo-palestinien se cachent des milliers d’Ora…

Cheminement dans l’espace et dans le temps, ce roman tragique est parfois aussi relativement dense et erratique, et malgré toute la subtilité de l’écriture je n’ai jamais réussi à y entrer complètement. Ce qui ne m’empêche pas de le trouver éminemment juste et émouvant.

9 février 2013
Claudy Olivet

Lu dans le cadre du Prix du Meilleur roman des lecteurs de Points.

Un roman n'a pas besoin d'être un coup de coeur pour être un grand roman.
"Une femme fuyant l'annonce" de David Grossman est probablement l'un des romans qui va le plus me marquer cette année. Il n'est pourtant pas si facile d'accès. J'y suis entré lentement, me demandant ce que j'allais y trouver. En fait, le long prologue du roman est peut être le moment le plus ardu dans la lecture: le lecteur se demande où il est, il fait la connaissance d'un trio (Avram/Ora/Ilan) qui va avoir son importance pour la suite.

A partir du voyage d'Ora, la lecture se fait doucement, avec intérêt et envie d'en connaitre plus. Ora emmène son fils, Ofer, à l'aéroport, celui ci s'étant engagé de nouveau dans l'armée. A partir de ce moment, Ora décide de partir en randonnée en Galilée, qu'elle avait prévue de faire avec son fils. Elle emmène avec elle, Avram, son amour de jeunesse, et part sans se retourner et sans vouloir savoir ce que devient son fils. Elle ne veux pas savoir s'il est mort lors d'un combat. Pour éviter cet état de fait, elle décide de raconter à Avram, la vie de son fils Ofer et de sa famille, pour le garder en vie.
L'auteur va alors balader le lecteur entre le passé et le présent, dans de longs chapitres qui deviennent presque étouffant de par cette longueur.

Dans ce roman, David Grossman nous parle tout simplement d'amour: l'amour d'une mère pour son fils (et la peur de le perdre), l'amour de deux êtres qui se sont perdus en route et qui se retrouvent lors de ce voyage, mais également l'amour pour un pays, Israel, qui a bien du mal à trouver sa place et la paix dans ce monde. Un pays déchiré par un conflit que j'ai eu peine à comprendre tant j'en suis éloigné. Pourtant cette incompréhension ne m'a pas empêcher d'être intrigué et de m'y intéresser.

Certains passages du livre m'ont vraiment bouleversés et m'ont fait manquer d'air. J'ai été estomaqué par le sort d'Avram durant son emprisonnement. Les passages ou Ilan, son meilleur ami l'écoute parler sans discontinuer jusqu'à la folie, sans rien pouvoir faire m'ont mis mal à l'aise.

J'ai un peu de mal à trouver les mots pour pouvoir dire ce que j'ai ressenti lors de cette lecture éprouvante. J'ai pris mon temps pour le lire, comme une façon de digérer à chaque fois ce que j'avais lu la fois d'avant. Puis, j'ai été pris d'une frénésie de lecture, d'une boulimie qui m'ont fait tourner les 300 dernières pages en une journée, prenant le risque d'avoir trop d'émotions d'un coup.

Le final du roman m'a laissé dans l'expectative, ne sachant pas ce que l'auteur avait finalement choisi: Ofer est il mort ou vivant?: c'est alors au lecteur de faire ce choix, même si certains indices nous sont dit à demi mots..Puis, tant qu'Ora parlera de lui, Ofer sera toujours vivant.

Je crois que ce qui m'a le plus touché dans le roman, jusqu'aux larmes, (le trop plein d'émotions m'ayant submergé) , ce fut les derniers mots que David Grossman adresse au lecteur: au moment de l'écriture du roman, il fut dans la même situation qu'Ora: son fils cadet est parti faire son service militaire au moment de la 2e guerre du Liban. David Grossman pensait que les mots qu'il écrivait protègeraient son fils. Malheureusement ce dernier fut tué quand son tank fut touché par une roquette alors qu'il tentait de sauver, avec le reste de l'équipage, un autre blindé.
David Grossman termine par ses mots:

"Après la semaine de deuil, je me suis remis à écrire. Le roman était presque achevé. Ce qui a changé surtout, c'est l'écho de la réalité dans lequel la version finale a vu le jour. ( p.784)

Ce roman n'a pas besoin d'être un coup de coeur pour être un grand roman. Pour cela, il suffit juste d'ouvrir les yeux et d'écouter la voix d'Ora qui vous parle de son fils Ofer: vous serez touché en plein coeur.

4 février 2013
Hélène Alric Decouchon

Lu pour le jury du cercle des lecteurs du Point poche 2013

C’est un livre dense que j’ai abordé comme une plongée en apnée tant le souffle m’a manqué souvent. C’est un livre que j’ai du poser quelquefois, dans un profond mal-être, quasi au bord de l’étouffement. C’est un livre qui m’a agacée, exaspérée même, tant le personnage d’Ora m’a interpellée.

Ora fuit, droit devant elle, en Galilée loin, aussi loin que possible afin qu’on ne puisse pas la retrouver et lui annoncer que son fils Ofer est mort. Ofer s’est réengagé, une fois son service militaire terminé et si elle, sa mère a été capable de l’emmener à la frontière israëlo-palestinienne, elle pense est sûre qu’étant inaccessible, l’annonce de la mort de son fils en ne pouvant pas l’atteindre, n’existera pas. Elle s’accroche à cette certitude.

Pour cette fuite en avant, elle choisit de se faire accompagner par Avram, qu’elle a aimé, qu’elle a perdu et qu’elle retrouve pour sa fuite, parce qu’Avram pourrait être autant lié à Ofer qu’elle-même. C’est donc une femme désemparée et un homme profondément meurtri puisqu’il a été torturé dans les prisons égyptiennes qui vont traverser ce livre.

C’est un récit à la première personne, c’est Ora qui raconte, sa vie, celle de ses deux fils et à travers elles toute l’histoire d’Israël et sa problématique. Les relations plus que tendues avec les arabes les palestiniens, ennemis de toujours.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre mais plutôt que j’ai été aspirée par lui. Je crois que si je ne l’avais pas lu dans le cadre du jury, je l’aurais peut être laissé tomber, tant il m’a été difficile chaque jour de reprendre sa lecture. Il y a eu quelque chose de laborieux dans sa lecture, j’avais du mal quelquefois avec le style sec, lapidaire même et aussi des moments où j’étais carrément perdue, jusqu’à ce que je comprenne que c’était peut être ce qu’avais voulu l’auteur, perdre le lecteur comme Ora et Avram se perdent volontairement pour arrêter de se poser les questions qui font mal et dont celle-ci qui s’impose à moi à la fin de ce livre Comment peut-on avoir des enfants en Israël puisqu’ils ont toutes les chances de devenir des assassins s’il ne sont pas eux même tués ? Mais comment ne pas avoir d’enfant lorsque l’on est juif et que la transmission de la judaïté ne se transmet que par la filiation par la mère et que loi du nombre importe dans le conflit ?

Une femme fuyant l’annonce n’est pas un livre facile, il faut s’accrocher et arriver au bout a été pour moi un véritable challenge.

31 janvier 2013
Jean-Claude Grandemange, membre du jury

David Grossman est un grand écrivain, c'est acquis; son roman pourtant ne s'aborde pas aisément: l'entame sur fonds d'hôpital et de jeux d'enfants dans un halo de fièvre et de maladie n'est pas simple, et je me suis surpris à en être désorienté, tant la sensation de surnaturel et de rêve sans savoir où j'étais m'a submergé; passé ce cap, j'ai mieux intégré la suite et la période après 2000 m'a pris et ne m'a pas lâché.
Il n'est pas facile à un écrivain de courir trois buts à la fois:parler de l'amour fou d'une mère pour son fils, de l'amour passion entre deux êtres, et de l'amour d'un pays, surtout quand ce pays est contesté depuis sa naissance, Israël.
Si Grossman réussit cette gageure, c'est, il nous en livre le secret à la toute fin du livre, en partie parce qu'il écrivait en parallèle un récit fictif et qu'il suivait au jour le jour le service militaire de son fils engagé dans tsahal; la fin tragique de ces deux récits se confond dans l'absurdité d'une guerre dont nous pressentons tous qu'elle n'aura jamais de fin. Grossman nous affirme que la mort de son fils n'a pas vraiment bouleversé son propos sinon "dans l'écho de la réalité dans laquelle la version finale a vu le jour"...
Qu'on me permette toutefois une appréciation quelque peu différente; ne sommes nous pas là devant une double fuite romanesque d'une peur viscérale qu'il arrive le pire à celui qu'on aime, le fils adoré, Ofer de la mère héroïne Ora , les personnages et celle d'Uri, le fils de l'écrivain, en guerre sur le terrain au moment de la rédaction du livre?
Dans l'un comme l'autre cas, la fuite d'Ora dans les paysages sauvages du désert en compagnie de l'autre fils, pour ignorer celui qui est en danger, pour conjurer le sort, comme une autruche enfouissant sa tête dans le sable, et l'écriture pour le romancier pour s'inscrire contre un destin funeste dès lors qu'on fabrique celui des personnages, ne participent -elles pas de la même pauvre défense face à l'inéluctable?
Tous deux, personnage et auteur auront-ils du moins essayé, mais sans succès...
Comment se fait-il enfin que malgré moi, touché comme je le suis par cette tragédie et ce beau récit, je n'en sorte pas subjugué par la grandeur de ce roman? Je n'en connais pas vraiment la réponse, et cela me préoccupe. Sans doute y a t-il un élément de réponse dans la meilleure partie du roman, cette splendeur de l'équipée sauvage dans le désert, où poésie et fragrance d'éternité sont bouleversants, alors que la tragédie ne me frappe pas avec la grandeur qu'elle aurait dû, tant je crois que quelque chose est mort chez l'auteur qui l'empêche de rendre un récit aussi poignant et littéraire dans l'action et les dialogues.
On le comprendra aisément en l'assurant de sa compassion de lecteur...

24 janvier 2013
Sylvie Sagnes

En 1967, Ora rencontre Avram et Ilan, dans un hôpital israélien, alors qu'ils sont tous adolescents. Trente ans plus tard, ils sont toujours proches, même si la vie les a grandement fait valser. Aujourd'hui, Ora a conduit son fils cadet, Ofer, à la guerre. Après ses trois années de service militaire obligatoire, il a choisi de se porter volontaire pour une mission dangereuse. Mue par une pensée magique impérieuse, elle part pour la randonnée qu'elle avait à l'origine prévue de faire avec lui à travers la Galilée, et elle emmène (de force) Avram : tant qu'elle ne sera pas joignable, pas là pour recevoir la mauvaise nouvelle, son fils ne mourra pas. Au fil des jours, elle entreprend de le raconter à Avram, de le maintenir sauf par le pouvoir de leurs pensées et de ses mots...

"Une femme fuyant l'annonce" de David Grossman (Seuil, 2011, 666 pages, traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen) est un Grand Roman, peut-être le meilleur de ceux que j'ai lus en 2011. En parler est tâche ardue tant il est riche, signifiant (et pourtant limpide) et surtout tant il pose de questions, sur des sujets absolument impossibles à évoquer brièvement (et que je n'évoquerai donc pas).
Ce que je veux en dire tient au fond en deux éléments majeurs : il est impossible à lâcher (Paul Auster dit en praise "J'ai dévoré ce long roman dans une sorte de transe fiévreuse", c'est exactement ça) et il ne cesse d'évoquer, en parlant de choses très concrètes voire même triviales parfois, la grandeur.
Je suis passée par plusieurs états tout au long de ma lecture, éprouvant d'abord peu de sympathie pour les protagonistes. Avram n'est jamais parvenu à me faire surmonter mon impression première (pourtant, son "divorce par saut d'un arbre" m'a impressionnée, et j'ai compati sincèrement à la période égyptienne), Ilam m'a conquise en offrant le langage à Adam, et Ora m'a tout simplement bouleversée. C'est incroyable que David Grossman soit un homme et ait une telle justesse dans le portrait qu'il dresse d'une femme : Ora est une femme, voilà, c'est tout (et je prononce ce "tout" les bras grands ouverts et dressés mentalement), elle a tort et elle a raison, elle exagère et elle n'ose pas, elle pardonne et elle condamne, elle danse, fragile et si forte, sur une corde impalpable qui n'a pas besoin d'être rouge pour prendre un sens. En étant femme, donc, presque une incarnation de "la" femme, elle est aussi adolescente, jeune mariée, vieille mariée, épouse rejetée, épouse comblée, maîtresse, et mère. Maman. La mère.
Je n'ai craqué qu'une fois, pour deux petites larmes uniques, qui ont glissé discrètement sur mes joues tandis que ma voix se cassait sur la dernière phrase "Et au fil des semaines, l'un a sauvé l'autre, ne me demande pas comment" (p. 476), alors que je venais de lire les sept pages précédentes à haute voix à un auditoire attentif. C'est tellement... fort, ce moment entre deux frères. C'est tellement... imparable, la construction littéraire de cette scène. C'est tellement... la vie. La place d'une mère. Ce qu'elle a construit. La façon dont sa famille existe par elle, mais sans elle, ses fils sont au monde, ils sont capables d'y faire leur place sans qu'elle intervienne, mais parce qu'elle a créé cette possibilité.
"Ce n'est pas tragique ni très original, tu sais. Ni insurmontable non plus. Le monde est une photo très floue. Je peux vivre avec. Et toi ?"
Prix Médicis Étranger 2011, plus que mérité.

23 janvier 2013
Sophie Winter

Parmi le florilège de romans qui sort chaque année, il arrive tous les 50 ou 100 romans qu'on tombe sur un petit bijou, un livre dont on ne se relèvera pas, dont on rentrera chaque soir du travail en se disant, vivement que je reprenne ma lecture. Un livre différent de tout ce qu'on a pu lire jusqu'alors. C'est le cas de "Une femme fuyant l'annonce". Je viens de lire d'une traite les 130 premières pages et je sais déjà que ce livre fera partie des romans que je n'oublierai pas. Et que je conseillerai autour de moi, inlassablement. L'histoire : une femme proche de la cinquantaine, fraîchement séparé de son compagnon, doit partir avec un de ses fils randonner en Galilée... Mais ce dernier se porte volontaire pour la mobilisation générale , alors qu'il revient tout juste des trois ans de service militaire obligatoire en Israël... Ora pense un instant renoncer à ce voyage puis décide de partir tout de même, quitte à ce que cela soit seule. Mais c'est compter sans l'appel imprévu de Avram, dont elle est depuis trois ans sans nouvelles, ami d'enfance du couple mais aussi ancien amour et ancien amant d'Ora, qui va l'accompagner, fuyant avec elle l'annonce, qui n'est autre que cette annonce que craint toute mère lorsque son fils est parti à la guerre... Un regard inédit sur ces jeunes soldats enrôlés qui partent heureux de défendre leur pays, sans vraiment se poser de questions ni montrer d'état d'âme, persuadés de leur bon droit, avec la fougue et l'enthousiasme de la jeunesse. Face à eux une mère qui a vécu, qui s'interroge... Un très beau roman sur la relation mère-fils, sur la peur de perdre ses proches, sur le conflit israélo-palestinien et au delà sur l'absurdité de toutes les guerres. "C'est peut-être la dernière fois qu'elle entend sa voix" songe-t-elle avec lucidité", un roman d'une force incroyable, au cours duquel je le perçois déjà, Ora va revenir sur ses souvenirs d'enfance, sur sa vie passée, ses échecs professionnels ou familiaux. Un prix Médicis étranger 2011 que je découvre avec bonheur.

21 janvier 2013
Béatrice Binisti

Oh que voilà un livre énorme, tant sur la forme (presque 800 pages rassemblées en très longs chapitres) que sur le fond. Un livre énorme d'émotions, de tendresse, d'humanité... Un chef d'oeuvre, pas moins. Il me faut aujourd'hui en parler, et ce n'est pas si simple, de chroniquer une telle oeuvre. On se sent si petit devant tant de beauté...

Pourtant ma lecture commençait plutôt mal. Le prologue, qui situe les trois protagonistes du roman en 1967, m'a paru obscur et décousu. Ora, Ilan et Avram, alors adolescents, se trouvent dans un hôpital, en quarantaine, plongés dans le noir. Ils parlent, se découvrent à tâtons, s'aiment, se disputent. 65 pages difficiles à lire, les dialogues étant dépourvus des fameux tirets usuels. A cette difficulté s'est ajouté parfois celle de deviner qui parle. J'ai été un tantinet agacée par ce prologue et je l'avoue, inquiète pour la suite. 800 pages à cette sauce, ça risquait d'être compliqué...

Les années 2000 m'ont heureusement apporté le soulagement et la révélation. L'écriture s'est faite limpide, (les tirets sont revenus!) poétique, entrecroisant harmonieusement évènements présents et passés, dialogue et récit. La lecture est soudain devenue fluide et le bonheur total. Un petit miracle de 800 pages... à peine.

Ora a aujourd'hui la cinquantaine. Elle est séparée d'Ilan, installé en Amérique du Sud. Adam, l'aîné de leurs enfants, l'a suivi. Avec Ofer, le fils cadet, qui achève ses trois ans de service obligatoire en Israël, Ora s'apprête à partir en randonnée à travers la Galilée. Projet contrarié par Ofer lui-même, lorsqu'il accepte une mission dangereuse en territoire palestinien. Ora décide alors de pas attendre la mauvaise nouvelle qu'elle pressent. Mue par une pensée magique- elle sauvera son fils en échappant à l'annonce de sa mort- la voici qui prend la route, entraînant avec elle Avram, l'ami d'enfance, l'homme qu'elle a aimé.

Tout au long de leur périple, au coeur d'une nature sauvage et magnifique, Ora raconte Ofer à Avram. Par cette évocation, elle tente de conjurer le sort, mais cette parole à la portée salvatrice va permettre aussi à Avram d'accéder à une histoire familiale qui est en partie la sienne...

Je disais au début de ce billet à quel point ce livre était énorme, par sa beauté, sa richesse, par l'importance des sujets abordés. "Une femme fuyant l'annonce" est un roman d'amours (j'insiste sur le s): l'amour inconditionnel d'une mère pour ses fils - quel personnage incroyable que cette Ora ! On la croirait vraie tant elle est humaine ! Elle m'a bouleversée-, d'une femme pour deux hommes, - certains passages de ce roman sont d'une telle sensualité, tellement vibrants de passion, là encore c'est waow- , de l'amour fraternel aussi. (que de passages magnifiques sur la complicité Adam-Ofer...). Ce roman parle sublimement d'amitié, il parle de la création, du pouvoir des mots, de la magie de l'écriture, il parle de la guerre qui rend fou, déchire, détruit, s'insinue dans les familles, dans les conversations, dans la vie de tous les jours, fait commettre l'impardonnable. Là aussi, tant de grands moments, notés fièvreusement pour moi-même. Je ne pourrai hélas pas les retranscrire ici, ils sont trop nombreux.

Ce roman est total. On en sort complètement chaviré.

Vous imaginez ma difficulté à choisir des extraits (oui, plaignez-moi). Je vous en livre un seul, et pas des moindres:

"Vers midi, elle l'entend. Non pas des paroles distinctes, mais la musique de sa voix dominant les bruits de la vallée (...) Sa voix lui parvient étrangement claire, comme s'il marchait à ses côtés, et il lui parle sans prononcer un seul mot- juste sa voix, il en joue pour elle, et de temps à autre elle repère le léger bégaiement attendrissant dont il est affecté, surtout quand il s'énerve: ch...ch... Elle ne sait si elle doit répondre ou faire la sourde oreille. Dès l'instant où elle a claqué derrière elle la porte de sa maison, elle a été saisie d'un peur très familière : la crainte de ce qu'elle irait imaginer en pensant à lui, de ce qui pourrait lui sortir de la tête et ligoter les mains d'Ofer, lui voiler les yeux au moment où il aurait besoin de toute sa vigilance et de toutes ses forces.

Elle note immédiatement qu'il a changé de tactique, car il se met à répéter maman, encore et encore, une centaine de fois, maman, maman sur tous les tons, à différents âges, exaspérant, souriant, lui murmurant des secrets, la tirant par sa robe, maman, maman, avec fureur, tout miel, aguicheur, émerveillé, envahissant, guoguenard, facétieux, ouvrant les yeux pour la regarder au matin de l'enfance éternelle : maman?(...)

Tout son corps palpite, exhalant le nom de son fils, tel un soufflet (...). Il la déchire, de l'intérieur, se démenant comme un enragé, martelant de ses poings les membranes de son corps. Il la veut pour lui seul, inconditionnellement, exige qu'elle s'oublie elle-même pour se consacrer à lui ad vitam aeternam, qu'elle ne cesse de penser à lui, parle de lui sans arrêt à tous ceux qu'elle rencontre, même aux arbres, aux chardons, qu'elle prononce à voix haute ou en silence, encore et encore, qu'elle se souvienne de lui à chaque instant, à chaque seconde, qu'elle ne l'abandonne pas, parce que aujourd'hui il réclame sa présence pour exister (...) Pourquoi n'a-t-elle pas saisi plus tôt qu'il a besoin d'elle afin de ne pas mourir?"

Un dernier petit mot pour saluer la qualité de la traduction. Quel travail !

 

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