Avant que les ombres s'effacent  de Louis-Philippe  Dalembert

7,5€ // 288 pages
Paru le 05/04/2018
EAN : 9782757869901

Avant que les ombres s'effacent

Louis-Philippe Dalembert

Littérature

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Le jeune Ruben Schwarzberg a dû apprendre très tôt à survivre. Pas facile de naître dans une famille juive polonaise en 1913… Séparé des siens par les nazis, emprisonné à Buchenwald, libéré puis refoulé vers la France, il y est accueilli par la petite communauté haïtienne de Paris. À la faveur d’un décret voté par Haïti, il trouve refuge, comme des centaines de Juifs, à Port-au-Prince. Devenu un grand médecin, il n’a pas oublié son passé…

Né à Port-au-Prince en 1962, Louis-Philippe Dalembert vit à Paris. Son œuvre est traduite dans de nombreux pays.

« Personne ne l’attendait en Haïti, hormis son avenir et la vie. »

« Une saga familiale généreuse et exaltante. C'est flamboyant et lumineux avec une narration enjouée qui embarque le lecteur dans un périple inoubliable suivant les méandres de l'Histoire. »

Page des Libraires

 

Commentaires

1 mai 2018
Sophie Gauthier

Le docteur Ruben Schwartzberg est au coeur de cette fresque qui embrasse le XXème siècle et le début du XXIème. Contraint de quitter Berlin au printemps 1939 alors que sa famille s'est dispersée entre les Etats-Unis, la Palestine et Cuba, le jeune homme embarque à bord du Saint-Louis à destination de La Havane d'où il espère entrer aux Etats-Unis. Mais les passagers du Saint-Louis, réfugiés juifs allemands sont refoulés par les autorités cubaines. Commence alors une errance de plus d'un mois avant le retour en Europe où la Belgique, les Pays-Bas, la France et l'Angleterre accepte enfin d'ouvrir leurs frontières à un petit nombre de réfugiés. C'est ainsi que Ruben arrive à Paris et se lie d'amitié avec plusieurs membres de la communauté haïtienne qui l'engage à demander asile à Haïti où un décret permet à "tout individu persécuté à cause de son ethnie ou de sa foi peut trouver refuge sur le territoire sacré de la nation" et devenir citoyen haïtien. Ruben débarque à Port-au-Prince à l'automne 1939 et découvre un pays fier d'être le premier à avoir aboli l'esclavage sur son sol, un pays contrasté mais où la générosité et l'accueil ne restent pas de vains mots. Curieux et affable, le nouveau docteur s'y creuse vite une place. En 2010, l'arrivée de Deborah sa jeune parente lui permet d'évoquer l'histoire familiale et les liens qui perdurent au-delà du temps et des générations successives.

C'est avec une verve teintée de beaucoup d'humour que l'auteur raconte l'histoire de Ruben Schwartzberg, nous faisant ainsi revisiter une période noire de l'Histoire qui semble se répéter aujourd'hui. Car derrière le périple du Saint-Louis et des réfugiés juifs qui errent d'un pays à l'autre, sans cesse repoussés, sans cesse pourchassés, menacés de mort dans leur propre patrie, se lit de façon évidente le sort des exilés de notre époque actuelle. Le roman de Louis-Philippe Dalembert est aussi l'occasion de rendre hommage à la population d'Haïti, l'une des plus pauvres du monde, mais qui a su accueillir et donner un lieu de vie à ceux qui n'avaient plus rien.

J'ai lu avec grand plaisir cette histoire aux résonances contemporaines, même si le rythme semble s'alanguir quelque peu dans le dernier quart du livre. L'écriture, charnue et piquante, porte à merveille cette saga romanesque qui m'a tenue sous ses charmes.

21 avril 2018
Hélène TREGARO (jurée du prix)

Il était une fois un pays, petit par sa taille mais grand par sa tolérance et sa générosité, dans lequel le mot "race" n'avait pas sa place et qui, face à l'Allemagne nazie et ses alliés, n'avait pas dit son dernier mot. Ce pays ouvrit grand ses bras pour accueillir des Juifs persécutés. Ce pays, c'est Haïti.

Dès les premières pages de son roman "Avant que les ombres s'effacent", Louis-Philippe DALEMBERT partage son affection et sa tendresse pour ce pays. J'ai beaucoup aimé son humour mais qui s'est malheureusement estompé trop rapidement. Son écriture est très agréable à lire car fluide.

Je comprends son choix de ne pas avoir développé certaines périodes de la vie de Ruben, le protagoniste, telles que son internement à Buchenwald ou encore la traversée de l'Atlantique à bord du Saint-Louis. Malgré tout, cela m'a fait bizarre. Cela aurait en plus permis au roman de gagner en profondeur et en intensité et ainsi, de mettre beaucoup plus en relief la solidarité et la bienveillance dont ont fait preuve les Haïtiens.

Je sors de ce roman un peu frustrée car l'écriture est pour moi trop dépouillée des émotions que pourrait ressentir Ruben.

Je le recommande tout de même car c'est un beau roman qui donne à réfléchir sur l'acceptation de l'autre, de la différence et la place que nous lui faisons.

Ce roman a fait pour moi écho à celui de Leonardo PADURA : "Hérétiques", par lequel j'ai découvert ce Prix du Roman des Editions Points. La boucle est donc bouclée, cette belle expérience s'arrête ici. Merci aux Editions Points et tout particulièrement à Aurore qui a été un excellent guide.

4 avril 2018
Séverine RANC

Lecture terminée dans le cadre du Prix du Meilleur Roman Point 2018

Double coup de cœur !
Coup de cœur pour l’écriture de ce livre qui est magnifique. Une écriture colorée, savoureuse, ciselée, charnue, truculente, poétique, porteuse d’émotions et imprégnée d’humour… je me suis délectée de chaque phrase.

Coup de cœur pour l’histoire qui mêle fiction et réalité historique.
Louis-Philippe Dalembert retrace le destin de Ruben Schwarzberg, né en Pologne, élevé en Allemagne, accueillit en France et adopté par Haïti.
On suit l’épopée comico-tragique de cet homme et de sa famille juive errante qui se dispersera entre Israël, les Usa, Cuba et Haïti.
Au cœur de cette histoire la petite ile d’Haïti qui par décret proposa en 1939 d’accueillir sans condition tous les juifs persécutés par la montée du nazisme. Havre de paix et de tolérance, Ruben trouvera l'envie de se poser sur cette terre et le sentiment d'appartenir enfin à une nation. Il y construit sa vie après un parcours tumultueux qu'il relate, une nuit durant, à sa petite cousine, venue avec une ONG israélienne porter secours à Port-au-Prince détruite par le séisme en 2010.

La petite histoire se mélangeant à la grande, on apprend des choses et on s’attache aux personnages.
Un livre captivant et une splendide découverte.

30 mars 2018
Lilylit

Dès les premières pages, je me suis rendu compte que finalement, le sujet n’était pas tellement un problème. Même lorsque Ruben atterrit dans un camp, la guerre et la politique restent des sujets très secondaires dans ce livre qui s’intéresse bien davantage à la petite histoire, celle de Ruben et de son entourage, qu’à la grande (et c’est tant mieux). Cependant, j’ai été dérangée par le style, qui a eu tendance à plusieurs reprises à me sortir de l’histoire. Je ne dirais pas que le livre est mal écrit, loin de là, mais j’ai trouvé qu’il était par moments un peu « surécrit ». Le style prend le pas sur le contenu, j’ai eu l’impression d’entendre l’auteur se gargariser de mots dans certains passages, en particulier lorsqu’il répète à l’envi des expressions peu usitées telles que « le mitan ». Je trouve ça très bien d’employer un vocabulaire riche et précis, mais j’ai eu la désagréable impression qu’il s’agissait plus de coquetterie que de précision ici. De plus, certaines expressions m’ont semblé carrément maladroites (« son truc chauve » pour désigner le sexe masculin, je trouve ça très laid sans être extrêmement drôle).

Je n’ai donc pas vraiment réussi à entrer dans le récit, même si j’ai tenu à aller au bout. J’ai bien aimé en particulier les personnages secondaires : la famille de Ruben, avec une mention spéciale pour Salomé et l’oncle Joe, que j’aurais aimé voir davantage développés. Ruben lui-même m’a semblé assez fade et peu attachant, car au fond le texte lui prête peu d’émotions. Je n’ai pas l’impression de l’avoir vu profondément ému, heureux, fier, brisé, fou amoureux. Il s’agit d’un personnage en demi-teinte, et même si c’est lui que l’on suit, j’ai trouvé que le texte restait très extérieur à son personnage, et cela m’a dérangée, moi qui aime les héros ou anti-héros attachants et les émotions vives.

26 mars 2018
Sonia B.

Roman lu pour le Prix du Meilleur Roman Points 2018.
Saviez-vous qu’en 1941, la petite île caribéenne Haïti déclara la guerre à l’Allemagne nazie et à l’Italie de Mussolini ? Elle se proclama ainsi terre d’asile pour les Juifs fuyant les persécutions. C’est dans ce contexte que le Dr Ruben Schwarzberg, né dans une famille juive pittoresque de Pologne, foula la terre de Port-au-Prince après avoir été séparé des siens et emprisonné à Buchenwald. Cette saga familiale est trépidante et lumineuse malgré les évènements tragiques de l’Histoire. On suit avec exaltation les péripéties de cette famille haute en couleurs et attachante. L’écriture est très belle et le ton teinté d’humour. En revanche, j’ai un petit regret: j’aurais aimé que l’auteur parle davantage de la vie de la communauté juive installée sur l’île et moins des péripéties parisiennes de son personnage…
J’avais déjà lu le roman de Louis-Philippe Dalembert à sa sortie l’an passé et, pour être honnête, il ne m’avait pas enthousiasmée à la hauteur des critiques élogieuses qui en étaient faites. Je me suis donc replongée comme si c’était la première fois et cette deuxième lecture fut meilleure ! Un très bon roman qui a le mérite de nous faire découvrir une nouvelle facette de la seconde guerre mondiale.

19 mars 2018
Christine Gazo

J'ai eu la chance de découvrir ce livre pour le Prix du Meilleur Roman.Il nous fait voyager avec la famille Schwartzberg, et plus particulièrement avec Ruben, qui deviendra médecin, de la Pologne jusqu'en Haïti, en passant par l'Allemagne et Paris. Retrouvant malgré eux le destin implacable du peuple Juif qui toujours, et encore, doit marcher, les membres de cette famille finiront par être éparpillés de part le monde.
Ils fuiront la montée de l'antisémitisme, puis le nazisme. Ruben restera peu disert sur son passé, notamment sur le passage à Buchenwald, préférant garder en mémoire les rencontres, et les étincelles d'humanité allumées ici et là.
Après des "détours", il se retrouvera dans l'effervescence festive de Paris, goûtant la musique et le rhum haïtiens, avant d'aller les apprécier sur place, dans ce pays qui deviendra sa patrie. On découvre dans ce roman cette particularité de l'Etat haïtien, qui a accueilli tous les Juifs qui en faisaient la demande dès 1939.
Le docteur Schwartzberg s'établira donc définitivement dans la bien nommée Montagne Noire !
La belle et agréable écriture de l'auteur nous embarque irrésistiblement de la rigueur teutonne à la nonchalance carribéenne, de l'horreur nazie aux exubérances des clubs parisiens,des traditions juives aux rites vaudous.
Il instille dans ses pages de la sensualité, convoque des personnages hauts en couleurs mais aussi marqués d'un sens profond des racines familiales et des liens d'amitié. Un ensemble d'ingrédients qui en font un roman qu'on ne lâche pas !

19 mars 2018
Mumu dans le Bocage

Première incursion de ma part dans la littérature haïtienne mais je savais un peu d'avance où je mettais mes yeux. En effet il m'est arrivé d'entendre dans des reportages, émissions etc... la qualité de la langue pratiquée par les écrivains de ce pays.

Histoire de Ruben Schwarzberg, d'origine polonaise mais que les événements du 20ème siècle vont conduire à être citoyen de différents pays suite aux chasses contre la communauté juive en Pologne, en Allemagne, en France pour se terminer à Haïti.

Le passé d'un individu, c'est comme son ombre : on le porte toujours avec soi. Il faut apprendre à vivre avec et à s'en servir pour avance. (p150)

Ruben a 97 ans retrace son parcours avec sa nièce venue dans son pays d'adoption, Haïti, suite au séisme de 2010, médecin comme son oncle, afin de porter assistance à la population.  C'est l'occasion d'un voyage à travers le temps, car il est de son devoir de parler de ses racines, de ses périples ainsi que de sa famille disséminée aux quatre coins du monde.

C'était comme un chapitre de son enfance qui lui était renvoyé en cadeau, avant que les ombres s'effacent, qu'il ne redevienne poussière ou néant. (p194)

J'ai aimé le personnage de ce médecin taiseux,bégayant quand les émotions ou les situations s'accélèrent, discret, mais affectueux en particulier dans sa relation avec sa soeur Salomé, son oncle Joshua et sa femme Sara en toute fin du livre, personnage qui, il me semble, n'a pas été assez développé (mais elle fait partie de l'intimité de Ruben) et qui pourrait je crois faire l'objet d'un autre roman.

Cette épopée dans une famille juive avec tous les courants : ultra, modéré, mère omniprésente, Bobe rassurante etc.... traversant les événements avec courage mais surtout avec un lien familial très fort est retracée dans une langue ciselée de toute beauté. 

Que ce soit pour parler de sa naissance, de sa déportation à Buchenwald, de ses folles nuits à Paris et de son éblouissement pour Haïti, l'auteur nous berce, dans la dodine (fauteuil figurant sur la couverture), au rythme des souvenirs de cet homme, médecin humaniste, fidèle en amitié et profondément amoureux de sa terre d'adoption.

D'ici, de ce bout d'île écrasé de soleil, de misère et de générosité, il ne s'en irait plus que les deux pieds devant, afin que sa chair désormais en fin de parcours devienne chair de cette terre qui l'avait accueilli, en avait fait un de ses fils comme s'il fut né de sa propre matrice. (p270)

Car le personnage principal tout au long de la narration est Haïti : ses couleurs, ses douleurs, ses douceurs, son accueil et ses habitants (que j'avais déjà côtoyés dans le roman de Laurent Gaudé "Danser les ombres" (à l'époque mon blog n'existait pas mais vous pouvez retrouver ma critique ici).

L'écriture est fluide, poétique et amoureuse : amoureuse de son pays, de ses personnages mais aussi de l'histoire, d'un pan peu connu de l'immigration dans cette île des Caraïbes.

 

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