Arab Jazz de Karim Miské

7,6€ // 336 pages
Paru le 13/03/2014
EAN : 9782757833476

Arab Jazz

Karim Miské

Policiers, thrillers & romans noirs

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Ahmed Taroudant, jeune marginal, ne lit que des polars. Quand il trouve sa voisine pendue à son balcon, un rôti de porc à ses côtés, il sort de sa léthargie. Est-ce le meurtre symbolique d’un fou de Dieu ? Avec Rachel Kupferstein et Jean Hamelot, flics cinéphiles et torturés, Ahmed enquête au cœur d’un 19e arrondissement cosmopolite où ripoux, caïds et fondamentalistes se livrent une guerre sans pitié.


Karim Miské, né en 1964 à Abidjan, est réalisateur de documentaires sur les néo-fondamentalismes juif, chrétien et musulman, la surdité ou la bioéthique. Arab Jazz est son premier roman.


« Gorgé de sensualité, d’odeurs et de musique, pétri d’onirisme, de légendes et de fantasmes, empreint d’humour, Arab Jazz parvient à esquisser un véritable univers, carrefour cosmopolite et polyphonique de la société. »

Télérama



Grand Prix de littérature policière 2012

 

Commentaires

21 octobre 2014
Marie-Christine Boulanger

Formule originale pour la première œuvre de ce nouveau venu dans le paysage du polar. Dès le premier chapitre, je surfe d’une page à l’autre sur le style de l’auteur. Une écriture poétique pour un polar! Je trouve cela rafraichissant. J’aime la trame qui se tisse en parallèle entre l’Amérique et l’Europe et dont les fils vont se rejoindre. La corruption n’a pas de frontière, ni géographique, ni religieuse. Des quartiers multiculturels de Paris à ceux de New York, on sent la même détresse, l’absence d’espoir qui se mute en fanatisme religieux sur fond de corruption ou qui gomme les valeurs en effaçant le sens de la vie. Ce premier roman est original, tant dans le découpage de l’histoire, la construction des personnages que le style d’écriture. Jusqu’à maintenant c’est mon coup de cœur fraîcheur estivale.

20 octobre 2014
fuentes

Le début du livre met en scène des personnages aux personnalités originales :
Ahmed Taroudant, lecteur invétéré de polars, qui semble avoir vécu une situation très traumatisante et les deux policiers Rachel Kupferstein et Jean Hamelot qui mènent l’enquête sur l’inévitable crime.
La description de ces personnages et de leurs rapports est séduisante et laisse le crime au second plan jusqu’à ce que brutalement on entre dans l’enquête.
Un crime odieux, d’une barbarie inimaginable, avec une mise en scène des plus étranges a été perpétré dans l’immeuble d’Ahmed faisant de lui un suspect potentiel. Laura, sa voisine du dessus, a été assassinée.
On entre alors, peu à peu, dans l’univers des personnages, univers où la religion est très prégnante.
Juifs, musulmans, témoins de Jéhovah, pratiquants, agnostiques ou athées, fondamentalistes ou fanatiques se côtoient ou s’ignorent avec un ressentiment, une violence latente, dans le 19ème à Paris.

Univers de la drogue aussi, des flics ripoux, des malades mentaux. On a l’impression que rien ne changera jamais dans cette société, dans notre société. Il existe un monde violent près de nous.
L’auteur nous entraîne dans cet univers. On s’interroge en même temps que les que les enquêteurs.

On est accablé par l’indifférence des parents, témoins de Jéhovah qui apprennent l’assassinat de leur fille Laura. Comment devient-on à ce point insensible ? Comment entre-t-on ainsi dans une secte ? Comment réussit-on à en sortir et quel traumatisme en garde-t-on ? Jusqu’à devenir des meurtriers ?
La question est toujours actuelle.

On est surpris que des jeunes filles d’origine arabe, très courageuses, en désaccord avec leurs frères aux idées radicales, en rupture avec leurs parents, accordent leur confiance à l’inspecteur Rachel, juive.
On est confronté à toutes les situations possibles.
On suit le dénouement de l’enquête en ayant compris peu à peu l’engrenage dans lequel les personnages ont été acculés. Certains assassins ont la fin qu’ils méritent. D’autres échapperont aux mailles du filet et disparaîtront. Jusqu’à quand ?
C’est dans l’univers de la ville que de telles situations peuvent se produire…On a du mal à y croire et pourtant…

13 octobre 2014
Madeline P

Un polar aux accents très frenchies, riche en références religieuse et musicale, ancré dans le 19ème arrondissement parisien qui est très bien dépeint.

Les personnage sont complexes et gauches, attachants. L’atmosphère est noire mais reste pleine d’espoir, parfois fleur bleue, avec une pointe d‘humour.

Le récit ne se limite pas à la résolution d’une enquête policière (que j’ai trouvée un peu alambiqué en fin d’ouvrage…) mais mêle des réflexions sur les pratiques religieuses, le « vivre ensemble » et le poids de son propre vécu.

A lire absolument!

5 octobre 2014
Val Bianco

Ouch !! Qu'il fut dur pour moi de survivre aux premières pages ! Rythme des phrases tendu, très tendu ! Avec des phrases soit très courtes, soit trop hachées par des accumulations indigestes. Si je l'avais eu en mains en librairie pour en parcourir les cinq premières pages avant de me décider à l'adopter ou non je l'aurais reposé :s ... Et j'aurais eu tort ! Le crime passé -soit dès qu'on attaque le chapitre 2- le rythme du récit trouve sa voie et ses formes, nous prenant dans son flot varié avec un je ne sais quoi de poétique, autant dans la plume que dans les personnages. On se retrouve vite happé dans cette toile tissée autour de l'énigmatique Ahmed et de sa voisine, Ahmed et son appart "meublé" sobrement de murs de polars. Les personnages rappellent un brin le grain improbable de ceux mitonnés par Fred Vargas, mais ce n'est pas du Vargas, c'est du Miské, proche sans être pareil, juste une sensation et c'est plutôt bon.

Les dialogues quant à eux sonnent authentiques, les flics ne parlent pas à coups de clichés made in Hollywood ou séries à la française. Ce n'est pas du Audiard non plus, mais ça sonne juste et c'est rafraîchissant finalement. L'histoire est bien amenée et riche en profondeur, ce n'est cependant pas elle qui nous fait tourner les pages une fois passée la moitié du roman mais davantage un certain goût pour les personnages auxquels on s'attache quasi "sincèrement ". Lecture très agréable donc et un polar qui ne sombre jamais dans la facilité (à ceci près que le monde décidément est vraiment petit) avec en corollaire une invitation bien amenée à réfléchir sur les différences (ou pas) entre les religions et leurs folies.

15 septembre 2014
Caroline Martin

Ce polar mêle habilement plusieurs intrigues, qui peu à peu s'imbriquent entre elles.

Les flics sont des personnages attachants, de même que Ahmed, jeune marginal au passé familial lourd. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. La vie de quartier où se mêlent plusieurs communautés est bien décrite.

La description des rêves d'Ahmed est très bien écrite, avec ce qu'il faut de poésie sans en faire trop.

J'ai malheureusement lu ce polar de façon trop morcelée pour pouvoir l'apprécier à sa juste valeur. Et je le regrette, car il contient certainement d'autres qualités que je n'ai pas relevées.

La fin laisse présager une suite, que je lirai avec plaisir.

27 août 2014
Christian Peeters

Arab Jazz de Karim Miské
Un premier roman qui ne pas laissé indifférent, bien au contraire. J’ai beaucoup aimé, c’est bien écrit dans un style rapide avec des dialogues efficaces. L’intrigue se situe dans un quartier de Paris ou le multi culturalisme est loin d’avoir atteint un parfait niveau d’intégration. Mais on est continuellement en flash back à New York. Ces retours en arrière sont très bien réussit et nous maintiennent en haleine.
Dans cet environnement, où un meurtre qui paraît rituel au premier abord, on voit s’entremêler juifs loubavitch , musulmans salafistes, témoins de Jéhovah et flics corrompus jusqu’à l’os. Les religions et leurs excès ouvrent la porte à des dérives surprenantes.
Dommage que l’auteur nous révèle au deux tiers du livre le nom du coupable et qu’à partir de là tout se bouscule comme pour arriver à la fin au plus vite. Mais ça n’a pas gâché mon plaisir.
Karim Miské a mis la table dans ce premier roman pour qu’on veuille retrouver au plus vite la prochaine enquête de Rachel Kupferstein et Jean Hamelot. Comme je l’ai dit c’est un bon polar et j’ai beaucoup aimé.

21 août 2014
christine Borowiak

holala, hououilleouille, pppfffuuuutttt le bouquin m'est littéralement tombé des mains ... que c'est fatiguant, cette histoire alambiquée, ce mélange de religions (tiens, il manquait les boudhistes), de sectes, on n'y comprenait plus rien ! C'est peut-être là le défaut typique du premier roman, de vouloir tout y mettre, trop y mettre, et le bouquin devient un fourre-tout un peu bordélique ... comme le héros, Ahmed, en lévitation dans son coin, qui fait vaguement penser au commissaire Adamsberg si cher à Fred Vargas, évanescent, avec sa propre logique. Soit. De là à imaginer une romance avec la policière, d'y ajouter quelques scènes érotiques qui tombent plutôt à plat dans cette enquête ...Allez, il y a un style, qui devrait devenir un vrai style en en élaguant, en épurant, en devenant sobre ...je pense que le 2 ème bouquin de Miské sera meilleur, et le 3 ème sera encore mieux !

19 août 2014
Jessica Joubert

J’ai beaucoup aimé. Je pourrais compliquer ma critique et essayer de trouver des formules alambiquées pour décrire ma lecture, mais en fait, mon plaisir a été tout simple, et j’ai beaucoup aimé.
C’est un livre surprenant, et si l’ensemble reste peut-être un peu touffu et trop « gros » pour être crédible, là n’est pas l’essentiel. La prose s’avère assez poétique pour me faire rêver (normalement je suis pas trop psy ou coïncidences amoureuses entre la fliquette et le suspect), assez intrigante pour faire durer le suspense (on continue bien que l’on sache le nom de l’assassin au deux-tiers), assez réaliste pour m’y faire croire (eh ben alors c’est comme ça le Paris cosmopolite d'aujourd'hui) et assez invraisemblable pour finalement m’emporter dans la fiction (faut quand même avoir de l’imagination pour tisser tous ces liens jusqu’à Brooklyn).
Cela fait un certain temps que j’attendais un polar français contemporain à mettre au rang des anglo-saxons ou des scandinaves. Les rapports conflictuels religieux sont ici plutôt bien appréhendés par l’auteur et amadoués par la part de fantasme offerte par Ahmed. Le cliché du anti-héros épris de littérature devient en fin de compte un ressort essentiel pour adoucir la dureté d’une société fondamentaliste et corrompue. L’important n’est-il pas de trouver/retrouver son âme après s’être perdu comme pour ces jeunes, qu’ils soient juif, musulman, arabe ou noir…
« Arab Jazz » ou micmac sur fond de XIXème arrondissement : certes il y a des maladresses, mais un premier roman où le rêve sauve l’humain, c’est parfait.

9 août 2014
guerrini

« Le mal existe, Hamelot, et parfois il s’organise » (177) dit le commissaire Mercator à son enquêteur.
Ce polar péri urbain en est bien la preuve ; dans le décor multiculturel et cosmopolite d’un arrondissement périphérique de Paris, se joue la cohabitation difficile des différentes communautés : juifs, fondamentalistes, salafistes, témoins de Jéhovah etc.
A partir du meurtre apparemment ritualisé d’une jeune femme, l’auteur montre comment les religions dévoyées, la haine de l’autre, l’intolérance engendrent stupidité, aveuglement et violence à son paroxysme. L’auteur ne choisit pas : sectes ou religions, il dénonce le fanatisme où qu’il soit et tout système qui obère la liberté d’être ou de penser.
Sur fond de société d’aujourd’hui (la drogue, les flics pourris, l’homosexualité refoulée, le mariage forcé, la condition des filles, les problèmes économiques, les diktats religieux etc.), il anime des personnages qui sont tous plus ou moins confrontés au mal et/ou au mal être : flics ou fanatiques, ils sont perturbés par des traumatismes passés ou des pulsions refoulées qui s’extériorisent dans le rêve, la drogue ou dans le passage à l’acte. Mais nombre d’entre eux ont quelque chose en eux qui les personnalise et les rend attachants : Ahmed, qui vit au milieu des polars, M. Paul et son improbable librairie, Rachel et Hamelot, les deux flics « qui ont vécu »…
Les multiples références culturelles et cultuelles des différentes communautés freinent un peu la lecture mais l’intrigue est bien menée et le dénouement bien préparé, même si certaines situations sont un peu tirées par les cheveux.
C’est un beau et bon roman, très bien écrit, qui manifeste un sens du dialogue percutant, de l’humour et beaucoup de sensibilité à l’égard des personnages.

2 août 2014
Sylvie Livres Emois Livres et Vous...

Malgré un début un peu trop chargé de références qui fait traîner le lancement de l'histoire et soulève quelques points de confusion, je me suis laissée entraîner dans cette intrigue complexe. Les thématiques sont plutôt originales et tout à fait dans l'air du temps. Il y est question de fondamentalisme religieux, de dérive sectaire, de nouvelles drogues. J'ai beaucoup apprécié le modernisme du contexte et la traversée des quartiers cosmopolites. Il y a un beau melting pot de personnages, car les protagonistes sont nombreux, hauts en couleur et parfois très inquiétants...mais mais mais, je reste sur ma faim concernant l'épaisseur des personnages. Ils sont intéressants par certains côtés, ils sont noirs et sombres, mais aussi pas mal décalés. Mais les relations entre eux m'ont laissée un peu perplexe. Je doute d'une probable idylle entre Ahmed et Rachel, j'ai trouvé cela plutôt incohérent et malvenu pour donner de la consistance aux personnages et à l'histoire. De même, les ripoux sont très stéréotypés et du coup, pas très crédibles. Peut-être que je me trompe, mais j'ai souvent eu l'impression que ces personnages seraient récurrents dans de futures histoires de l'auteur et que c'est pour cette raison qu'il en garde sous le capot, histoire de garder de la matière pour la suite. L'avenir nous le dira...
Le gros bémol de ce livre a été pour moi le fait que l'auteur dévoile les auteurs du crime au 2/3 du livre cassant ainsi le suspense. Il y a comme une sensation de précipitation à conclure. Les événements du final sont survolés et légèrement bâclés à mon goût, d'où un sentiment mitigé.
En conclusion, je dirais que ce polar se lit bien car le rythme est rapide et le style direct mais il n'est pas révolutionnaire. L'intérêt principal restera pour moi le côté documentaire autour des différentes communautés. Dommage cependant, que certains termes ne soient pas expliqués car tout le monde ne maîtrise pas la terminologie des différentes confessions évoquées.

23 juillet 2014
Françoise Oukrate (Jury)

ARAB JAZZ de Karim Miské *****
Ah que voilà du sang neuf ! On respire ! Ca fait plaisir ! En passant, un petit hommage à "White jazz" de James Ellroy - même "si les femmes n'aiment pas Ellroy". Lol !
Un rêveur qui sort de son nuage pour se retrouver dans le cauchemar que certains lui ont concocté. Fuyard d'un amour avorté et tombant à pieds joints aux genoux de la fliquette rousse qui aurait pu le suspecter…Coup de bol/ tendresse.
Les méchants (et leur raison de l'être) sont d'un genre nouveau aussi et finalement largement dépassés dans leur action criminelle par de sales ripoux.
Le tout dans un quartier "aux couleurs variées" : en fait de racisme, un vrai catalogue de marchand de peintures !!!
La langue est claire, moderne, souvent poétique portée comme en filigrane par un jazz plaintif ou agace-dents.

C'est de loin le meilleur roman - et le plus original- de la sélection, jusque là.
5 grosses étoiles

21 juillet 2014
stephanie plaisir de lire

Super découverte ! Amateurs de polars, aux personnages atypiques (richement dessinés, à la personnalité bien tranchée) et à l’ambiance parisienne cosmopolite, laissez-vous séduire par le premier roman de Karim Miské.
Lu dans le cadre du prix du polar point 2014, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce titre, qui au premier abord m’a donné un peu de fil à retordre avec toutes ses références religieuses multiples et surtout pointues. La gêne s’est très vite envolée au final car le scénario ne tombe pas du tout dans la facilité et l’écriture de l’auteur est très entraînante (les phrase sont courtes et le texte rythmé). Le duo d’enquêteurs disculpe très vite ce pauvre Ahmed et cherche efficacement toutes les voies possibles dans cette affaire qui ne leur laisse pas vraiment de répits.
Ahmed est dans un certain sens la plus grande victime dans cette enquête, qui révèle beaucoup de surprises. L’auteur réussit le pari de mêler intimement différents groupes religieux (Juifs Loubavitch, Musulmans Salafistes, Témoins de Jéhovah…) et à surprendre. La trame très bien construite livre peu à peu les indices pour que les pièces du puzzle s’imbriquent et que les réponses se révèlent loin d’être celles que l’on s’imaginait.

Ahmed est loin d’être une forte personnalité (il dénote même vraiment avec les autres personnages du livre, beaucoup plus colorés), mais il reste très attachant. J’ai apprécié en apprendre un peu plus sur lui et connaitre les raison de son évolution d’ancien agent de sécurité, à un homme aujourd’hui malade, transparent (sauf pour Laura et monsieur Paul, le libraire du coin, qui n’hésite pas à lui glisser un ou deux grands noms de la littérature dans son kilo de polars), et en marge de la société. Alors que d’autres trouvent leur voie dans la religion, lui choisit celle de la thérapie et des romans policiers. Les références littéraires et musicales sont ici extrêmement présentes, l’auteur coordonne son récit à une Play List très appréciable, et aussi variée que ses protagonistes.

Il y a beaucoup à voir dans Arab Jazz, un roman très plaisant qui a le mérite de décrire une société tombée dans le radical sans cliché ni misérabilisme ni lourdeur, mais au contraire avec panache. Karim Miské offre une enquête surprenante jusqu’au bout, un roman qui se révèle un très bonne et sympathique lecture.

21 juillet 2014
Amanda G.

Mon coup de coeur de la sélection, pour le moment ! Un polar qui ne joue pas au polar, loin des stéréotypes habituels. Ici, le suspense ne tourne pas simplement autour de la quête du coupable, somme toute rapidement révélé, mais autour des personnages et de leurs relations. Ce sont véritablement des tranches de vie que nous livre Miské, avec une subtilité surprenante. Des personnages bien plus riches que dans un polar classique (qu'on reverrait bien dans une suite !), une intrigue intéressante et dépaysante malgré le décor parisien, servie par un style lui aussi atypique mais toujours agréable à lire, et qui sait s'adapter aux points des personnages, tous différents.
Un très très bon premier roman.

15 juillet 2014
Agnesa Pillon

Il y a des aspects du livre qui m’ont beaucoup plu. Les trois personnages introduits comme les acteurs principaux de l’enquête --- Ahmed, le voisin de la victime, ainsi que les flics Rachel et Jean --- rêvent beaucoup mais agissent peu ; si peu qu’ils n’auront finalement qu’un rôle négligeable dans la résolution de l’enquête. Jolie idée. Ensuite, la narration, non linéaire, multiplie les périodes (flashbacks), les lieux (Paris, Niort, Brooklyn) et les perspectives (Ahmet, Jean, Susan, Benamer, Mercator, ...), qui se succèdent de manière abrupte et imprévisible. Cela donne une composition qui, d’assez lente au début, devient de plus en plus nerveuse et énergique au fil des pages. Mieux, c’est cet agencement apparemment désordonné des points de vue qui fait avancer l’histoire, chaque point de vue livrant au lecteur des faits nouveaux qui lui donnent une longueur d’avance sur les enquêteurs dans la compréhension du mobile et des coupables. C’est assez réjouissant. Malheureusement, ce beau dispositif se déploie sur un contenu qui manque de proximité avec les personnages --- de réalisme, en somme. On aurait aimé voir vivre davantage les habitants du XIXe arrondissement de Paris, notamment les personnages féminins, trop vite esquissés. De même pour les ripoux et les religieux, un peu stéréotypés tout de même, non ? En outre, les nombreux effets de coïncidence, découvertes inopinées et autres révélations improbables produisent des accélérations dans le récit, c’est vrai, mais aussi pas mal d’invraisemblances. Ces éléments ad hoc n’auraient-ils pas gagné en crédibilité s’ils avaient été plus largement cadrés et développés ? Au fond, l’intrigue avec ses multiples facettes, l’abondance des personnages et le foisonnement des thèmes abordés se trouve un peu à l’étroit dans ces 326 pages. M’ont aussi gâché le plaisir, des passages que j’ai trouvés laids (Rachel confiant sa vie intime à un collègue flic), gnangnans (l’inimaginable idylle naissante entre Rachel et Ahmed) ou grotesques (la mise à mort SM de Vincenzo Vignola). Un texte inégal, donc, selon moi, avec une très belle forme générale, de la matière, mais des détails et des raccords en apparence bâclés.

12 juillet 2014
Dominique Caillaud

Quelle bonne surprise que ce premier roman !
Une fois passé le premier chapitre, qui peut déconcerter, on se laisse prendre par une histoire très bien racontée et tellement actuelle. Karim Miské déroule l'écheveau des événements avec une grande précision. Au fil des chapitres l'intrigue prend de l'épaisseur tout en donnant l'impression de partir dans tous les sens (on se demande par exemple ce que vient faire là le premier chapitre américain). Et puis petit à petit tout s'éclaire. Le puzzle se reconstitue sous nos yeux pour donner une histoire parfaitement maîtrisée.
Et on referme ce livre en se disant qu'on aimerait bien avoir des nouvelles d'Ahmed, Rachel et Jean très rapidement.

9 juillet 2014
Christine Beauvallet

Un polar dont le héros est le principal suspect tout autant que la paire de flics qui mènent l’enquête. Suspect qui, tant qu’à faire, amorce une histoire d’amour avec la fliquesse. Un meurtrier qui fait tache – c’est le cas de le dire. Des flics qui trafiquent de la drogue et éliminent sans pitié leurs intermédiaires. L’entrée en matière est tellement « énorme » que l’on sait déjà d’emblée que tout, dans ce polar, sera décalé. Le choix de situer une partie de l’intrigue outre-Atlantique peut apparaître comme une complication artificielle, mais qu’importe : ce n’est pas là le propos. C’est avant tout sur les méfaits du néo-fondamentalisme et de l’intolérance, de quelque religion ou secte qu’ils proviennent, que nous interpelle Karim Miské. Tous ces jeunes ont grandi ensemble, juifs, musulmans, blacks-blancs-beurs et les petites sœurs ne comprennent pas ce qui se passe dans la tête de leurs grands frères, eux qui étaient les meilleurs amis du monde, ni pourquoi l’une d’entre elles s’est brusquement éloignée. Le fragile équilibre de ce quartier populaire où la mosquée est voisine de la synagogue se délite et Ahmed, le rêveur qui souvent retourne vers ses racines sur son tapis volant, voit d’un coup basculer son monde : sa voisine dont il n’osait pas s’avouer amoureux, trucidée avec un rite grand-guignolesque, le vieux coiffeur juif dont tous les clients ou presque étaient musulmans, égorgé dans son arrière-boutique…
L’intrigue devient parfois un peu confuse, à l’image du personnage d’Ahmed, mais jamais ennuyeuse. Dommage que parfois l’auteur nous agace un peu en usant de son érudition – au demeurant bien accrochée au monde réel ! je sais ce qu’est une « mikveh » ou un « halouf », mais pas une « yeshiva », ni un « dhimmi » - je ne dois pas être la seule et pourquoi ne nous propose-t-il pas tout simplement un glossaire à la fin de son livre ? Cette réserve mise à part, voilà un polar qui se laisse lire avec plaisir de bout en bout, qui ne prend pas la tête, qui bouscule un peu-beaucoup les conventions du genre et dont on a envie de lire la suite à peine le livre refermé. Et ça, c’est une référence. A quand la prochaine enquête d’Ahmed Taroudant ou de Rachel Kupferstein et Jean Hamelot ? On l’attend avec impatience !

27 juin 2014
Jean-Pierre Le Théo

Dès les premières pages, on se dit qu’on ne va pas tenir comme ça jusqu’au bout, on hésite à mettre le livre de côté et à passer à autre chose : on a du mal à deviner un début d’intrigue, les choses apparaissent confuses. En première page, Connely est traité de « polar industriel ». Et alors ? Moi, J’aime le paté Hénaff, …) c’est peut être industriel mais c’est bon (l’auteur ne se gêne pas pour citer des marques à maintes reprises, je fais donc pareil…). Après le premier chapitre, l’envie nous démange donc de retourner vers les grands classiques.
Cependant, au fil des pages, on se met à apprécier « l’artisanal ». Le ton est certes sec, brut, direct, déstabilisant, les phrases courtes. Parfois à l’extrême. Mais le rythme s’installe et dépeint finalement bien l’écosystème dans lequel évolue le personnage principal.
Y-a-t-il vraiment un personnage principal ? Difficile à dire tant il y a d’acteurs dans ce livre avec des caractères (voire pathologies) souvent des plus singuliers. Que ce soient les membres de la police, convaincus ou corrompus, les membres de mouvements religieux ou de sectes, ce livre explore la noirceur des âmes et les mécanismes de basculement d’une vie à une autre. Contrairement par exemple au roman « industriel scandinave » qui nous fait découvrir les immenses paysages suédois, islandais, finlandais, cet ouvrage centré sur le 19eme arrondissement parisien est donc plus une découverte intérieure et celle de mondes et réseaux parallèles qu’une rêverie géographique.
Au premier abord, on ne voit pas de lien au sein de cette multitude de personnages. Puis, au fil des pages, des allusions apparaissent. On croit d’abord qu’on a mal lu, on revient un peu en arrière, on fait attention aux pronoms personnels, aux adjectifs pour être bien sûr qu’on a établi le bon lien. Puis l’explication vient doucement, on entrevoit l’écheveau complexe et ce que l’histoire peut être dans son ensemble.
Vers la fin, les choses s’accélèrent, l’histoire devient vraiment prenante et inattendue, contrebalance le sentiment initial de malaise et de flou.
Ce premier ouvrage de Karim Miské est donc au final réussi et recommandable pour qui cherche un roman policier assez atypique se déroulant au sein du microcosme du 19eme arrondissement parisien. On imagine facilement une déclinaison en film et on attend un second roman pour confirmer la spécificité de la plume…

27 juin 2014
Bastien A.

Il n’est sans doute pas du goût de tout lecteur de polar de se voir entraîner d’emblée dans un récit onirique, vaporeux, presque mystique. Et si l’entretien du flou qui précède la mise en place de l’intrigue est une pratique récurrente du genre, elle est rarement menée avec autant de détours que dans les premières pages d’Arab Jazz. Quelques soient ses goûts, le lecteur serait toutefois inspiré de poursuivre sa lecture… Car ce livre vaut le détours, ou l’effort, ne saurais-ce que pour son écriture : perturbante mais justifiée, la langue et de Karim Miské alterne effectivement entre parlé quasi argotique, récit intérieur de dévoilement et envolée mystique. A l’image du personnage principal, Ahmed Taroudant, le récit semble dans un premier temps, confiné dans le XIXème arrondissement de Paris. Très vite le lecteur comprend que loin de se contenter de promenades arborées, de pique-nique sur les bords de canal ou des après-midi dans le Parc de la Villette, il lui faudra affronter l’entre-soi malsain d’un quartier qui se cherche, ne se reconnaît plus, et fini par se laisser apprivoiser par des individus lugubres, extrémistes. Car le XIXème de Karim Miské est un plaidoyer pour le multiculturalisme, la bonne entente entre toutes les religions, l’ouverture à l’autre, mais aussi un avertissement sur sa lente disparition, la désagrégation de ces rapports, de ces liens entre les communautés. Finalement le quartier est à l’image des personnages du roman : en tension entre une guerre larvée et le récit mythique d’un modèle qu’on croirait parfois fantasmé. Ainsi les groupes d’amis qui faisaient fi des divergences de croyances (Musulmans, Juifs et même… témoins de Jehova) se sont maintenant fâchés, et même Ahmed, solitaire névrotique passionné de polars, oscille entre un repli sur soi et une empathie frustrée qui ne parviendra à faire exister qu’au prix d’un arrachement à « son » quartier lors d’une promenade/libération (hors du quartier et hors de soi-même) à la limite de la caricature. Une fois passé la présentation des personnages et l’étrange mise en scène d’une intrigue qui se refuse aux lecteurs, Arab Jazz prend un tour plus classique et, il faut le préciser d’entrée, très réussit.
Le duo de policiers locaux Rachel Kupferstein et Jean Hamelot évoluent au cours de leur enquête entre le « Bunker », le commissariat du quartier, et les différents commerces, brocante, Kebab et salon de coiffure, au gré de leur rencontres avec les habitants, plus ou moins suspects, coopératifs… ou secrets. Le rythme de l’enquête parisienne est assuré par cette hyperactivité, cette manière de faire feu de tout bois, sans pauses et sans repos.
Cependant l’auteur, une fois franchi les frontières du quartier, ne s’arrête plus et « délocalise » une partie de l’intrigue jusqu’à New-York, via … Niort. Ce détours, à la fois géographique et dans la mise en récit apparaît finalement comme une diversion, supposée écarter le lecteur des véritables enjeux de l’enquête pour meurtre qui mène Kupferstein et Hamelot, sans pour autant parvenir tout à fait à les détourner de leurs intuitions premières. En effet la multiplication des personnages, des situations et des espaces de l’intrigue, cache difficilement un déséquilibre dans l’utilisation de la suggestion qui laisse de temps à autre apparaître certaines des nombreuses « ficelles » dont use l’auteur.
Au final, si aucuns de détails évoqués ne parviennent à ternir le ressenti général du lecteur qui prend un véritable plaisir à plonger dans ce roman, la multiplication de ces maladresses finie par porter préjudice à un livre pourtant rondement mené et habillement construit. Il manque le rien de maitrise ou de finesse qui aurait fait d’Arab Jazz un excellent polar.

25 juin 2014
Nina Ros

Sidérant, magistral, tels sont les mots qui me viennent à l'esprit pour qualifier Arab Jazz. Quels sont les secrets d'une telle réussite ?
Ce roman traite un sujet d'actualité, en le maîtrisant parfaitement : la montée de l’extrémisme religieux, qu'il concerne le judaïsme, l'islam, ou même les dérives sectaires, un peu oubliées, me semble-t-il, dans notre beau pays de France. Il offre un regard original, parce qu'il s'interroge sur les causes, envisage les conséquences, et amène chacun à s'interroger sur le parcours de ces personnages, touchants en dépit de leurs errances.
Et s'il en est un qui semble loin de tous ces extrêmes, c'est bien Ahmed, le narrateur. Son histoire familiale aurait pu le faire basculer, ce n'est pas le cas. Et s'il erre (il souffre de dépression nerveuse), il le fait à travers les pages des romans qu'il achète au poids, entre les quatre murs de son appartement. L'auteur aurait pu céder à la tentation d'accumuler les clichés à son égard : il en laisse le soin à d'autres personnages, en une mise en abîme grinçante des idées reçues les plus convenues.
Face à Ahmed et à sa volonté de (re)vivre, face aux deux enquêteurs, bien décidés à rendre justice, nous trouvons le " tueur en série" - encore un thème cher à la littérature policière contemporaine. Encore une fois, l'auteur détourne les clichés liés à cette thématique. L'horreur est là, palpable, mais sans aucune complaisance envers la violence et la monstruosité dont Laura a été la victime. Son humanité, son courage, sa capacité de résilience sont bien plus intéressants que les pensées d'un tueur.
Arab Jazz n'est pas un excellent premier roman, il est un excellent roman.

20 juin 2014
Bernard Granjean

« Arab Jazz » va chercher au plus profond de ce que chacun ne veut pas voir ou a cru pouvoir oublier. Karim Miské nous amène aux limites du mal absolu, révélant ses racines multiples : avant tout le manque d’amour ou l’amour manqué mais aussi la folie et tous les fanatismes. Quand les fondamentalistes musulmans, juifs et témoin de Jéhovah, drogués et manipulés par des ripoux et des malades mentaux, s’unissent pour le « bizness », les limites de l’horreur sont vite dépassées.
Mais « Arab Jazz » n’est pas qu’un polar bien construit, c’est aussi un roman d’apprentissage, un roman sociologique, un roman philosophique, et surtout un roman d’amour. De même que dans leur milieu naturel, pour exprimer toute leur beauté, les orchidées s’accrochent désespérément aux troncs des arbres et se nourrissent de déchets organiques et végétaux, de même Ahmed et Rachel s’accrochent à la vie comme ils peuvent et leur amour s’épanouit sur la pourriture dans laquelle ils se débattent tout au long du récit.
Excellent travail d’un véritable écrivain : des dialogues vifs et efficaces, un style tantôt sec et rapide, tantôt plus lent, prenant son temps pour laisser à la pensée, à la réflexion, le temps de se développer.

18 juin 2014
BRIGITTE MARETTE

Puissamment actuel par ce qu'il évoque, fondamentalismes de tout poil, perte d'identité, recherche d'identité, les dérives sectaires et l'hypocrisie de tout un chacun, la violence quotidienne larvée et effective de tous ces "groupes" qui se côtoient dans les cités, dans les quartiers, la drogue et son pouvoir d'attraction infini...
et puis l'amour qui ne se dit pas, enfin pas tout de suite, les choses quotidiennes, la vie dans toute sa simplicité ..
l'auteur nous parle de chair, d'odeurs, l'atmosphère est décrite en deux mots, simples, efficaces,
bref, un très chouette roman policier, plein de mouvements, de "scènes", ce pourrait être un scénario parfait, presque rien à retoucher d'ailleurs
j'ai aimé le rythme, la profondeur sous la première couche, l'authenticité des personnages, je ne me suis pas ennuyée,
....quoique, finalement, un peu à partir de la moitié, peut-être un petit manque de liens entre les paragraphes, les chapitres,
je m'y suis un peu perdue, j'avoue,
un vrai nouvel auteur, une voix tout de suite à lui, un monde à lui,
mais si je devais vraiment résumer mon impression : pas le gros coup de coeur auquel je m'attendais,
mais .....c'est perso :-))

 

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