Accabadora de Michela Murgia

6,3€ // 192 pages
Paru le 30/08/2012
EAN : 9782757829998

Accabadora

Michela Murgia

Littérature

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Dans l’obscurité d’un village sarde, une silhouette drapée d’un châle longe les murs, pénètre dans une maison un instant, puis disparaît tel un mirage. À l’aube, un vieillard agonisant aura enfin trouvé la paix. L’ accabadora, la dernière mère, a œuvré. Maria, fille adoptive de Tzia, heurtée par cette coutume, l’interroge. Il est des mystères auxquels seule une mère peut vous initier…



Née à Cabras, en Sardaigne, en 1972, Michela Murgia a obtenu le prix Campiello 2010 pour Accabadora, son premier livre traduit en français.



« Comme un souffle, la plume de Michela Murgia balaie une Sardaigne aujourd’hui presque disparue. »

Le Nouvel Observateur



Traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Tous les titres du même auteur
 

Commentaires

28 juin 2013
Jean-Claude Leclercq

Michela Murgia situe son roman dans la Sardaigne des années cinquante. Une couturière aisée, Bonaria Urrai dite Tzia, "adopte" une fillette mal aimée de sa mère. La première partie du livre nous montre les liens qui se tissent entre Tzia et sa fille adoptive qui peu à peu devient vraiment sa fille. Pendant ce temps-là l'auteure nous donne à voir le village: on le sent, on y vit.
La vie se déroule lentement et calmement; l'amour entre Maria et Tzia ne fait que grandir.
Pourtant Maria, désormais adolescente, se pose des questions sur les sorties nocturnes de Tzia. La vieille femme est l'accabadora du village, c'est-à-dire la dernière mère, celle qui aide les agonisants à s'en aller. Maria ne peut se faire à cette idée.
Un jour, elle aura la confirmation que Bonaria a aidé le frère de son ami Andria à mourir. Après une violente dispute avec Andria, Maria a une explication orageuse avec Bonaria; sa jeunesse et son caractère entier l'empêchent de comprendre l'action de l'accabadora.
Elle décide de partir sur le continent; elle devient gouvernante de deux enfants. L'ignorance de la jeunesse la conduit à payer de son renvoi l'inclination qu'elle ressent pour le jeune garçon. Cet épisode "casse" un peu le récit mais la fin se situe sur un autre registre.
Elle a reçu de sa soeur une lettre la rappelant au village. Tzia a été victime d'une attaque cérébrale qui la laisse comme un légume. Maria revient pour la veiller. Même si Tzia ne peut plus parler, Maria comprend clairement quelle lui demande de faire pour elle ce qu'elle a fait pour d'autres agonisants.
Répugnant à cette idée Maria veille Tzia pendant des mois encore. La vieille femme tombe dans le coma mais elle ne meurt pas. Maria pense que c'est une faute qui empêche Bonaria de partir. Elle va supplier Andria de venir voir Bonaria et de lui pardonner la mort de son frère. Le jeune home se met en colère: pour lui il pense désormais qu'il n'y a pas de faute et donc rien à pardonner, c'est son frère qui voulait mourir.
Finalement Andria vient rendre visite à Tzia, il vient lui rendre hommage. Maria s'aperçoit après son départ que sa mère est morte comme si elle avait attendue cette visite comme une délivrance. Alors qu'elle avait pris sa décision Maria n'aura pas à accomplir un geste qui l'avait emplie d'horreur pendant tant d'années.
Michel Murgia est un grand écrivain (on lira avec intérêt son 2ème roman paru en français.
En moins de 200 pages elle fait revivre une époque, un village, des personnages. On se sent comme "enveloppé" par le roman. Elle aborde des sujets graves, importants dans la vie des hommes (adoption, filiation, euthanasie...) mais le style est simple, précis,léger; on a l'impression d'un livre en demi-teinte et pourtant la lecture du roman laisse une empreinte persistante.
Boyd et Mendoza sont des auteurs confirmés, amplement reconnus et couverts de prix. Je vote donc pour Michela Murgia en reconnaissance de la qualité de son roman mais aussi pour l'encourager à construire une oeuvre de qualité.

23 mai 2013
Julie F., membre du jury

J’ai beaucoup aimé ce court roman. L’écriture de Michela Murgia, subtile et pleine de pudeur, nous plonge dans la vie d’un petit village de Sardaigne. Ça a été pour moi la découverte d’une culture que je ne connaissais pas. Ce roman fascinant parle de filiation, de courage, de mort, du poids secrets… Et puis, il s’intègre parfaitement dans l’actualité, en nous posant une importante question : peut-on donner la mort quand la vie n’en est plus une ?

15 mai 2013
Maryse Delcord

Une écriture délicate et poétique évoquant si subtilement toute la pudeur du lien particulier entre la fille et la mère adoptive au coeur d'une Sardaigne tellement "insulaire", profondément régie par le sens de l'honneur, le qu'en-dira-t-on, et les non-dits superstitieux. Un roman d'ambiance d'une force véritable, non seulement par la profondeur des sentiments qu'il expose, mais aussi par les thèmes graves qu'il aborde. Belle découverte!

14 mai 2013
Nathalie Seghair, membre du jury

L'écriture sèche et au cordeau de "Accababadora" est parfaite pour évoquer la Sardaigne, le poids du secret, le devoir de transmission et l'amour qui peut être don de mort, thèmes fondateurs de la littérature de Murgia.
L'intensité des personnages et la sensibilité exacerbée qui s'en dégage, donnent du souffle à l'ensemble, même si la pudeur de Murgia peut dérouter certains lecteurs. Reste comme un goût de poussière dans la bouche, des impressions diffuses sous le soleil aveuglant de Sardaigne. Un beau moment.

7 mars 2013
Pauline-Gaïa, membre du jury

Années 50, dans un petit village de Sardaigne. Maria, quatrième fille d’une mère qui la dédaigne, est adoptée par Tzia Bonnaria Urrai, la couturière du village. Mais la vie de Tzia ne se résume pas à tirer le fil. Dans ce petit monde peuplé de femmes en noir et d’hommes de la terre, elle est également l’Accabadora, celle qui accompagne les mourants et les aide à franchir la dernière barrière. Celle qui accomplit le dernier rituel.

Ni roman ni nouvelle, Accabadora tient plus de la « novella », et nous offre une écriture condensée et précise, qui parvient en même temps à retranscrire la lenteur de la vie rurale dans un petit village de Sardaigne des années 50. L’écriture est travaillée mais naturelle, ce qui permet à l’auteur à la fois d’amener ses personnages sans que ceux-ci semblent surfaits et d’aborder des thèmes graves – la filiation, la mort, le destin – en faisant mouche.

Accabadora s’apparente à une bulle, décrivant un monde bien rond, un tout qui se dit en quelques dizaines de pages seulement. Au se croirait vraiment dans les années 50, Michela Murgia nous décrivant un univers tout en nuances de gris : les femmes et leurs voiles noirs, le soleil blanc de Sardaigne, la nuit obscure qui enveloppe les actes de l’accabadora. On regrette toutefois que ce petit monde éclate soudain lorsque Maria quitte le village pour le continent. Alors, on perd la magie du texte dans cet aparté qui n’apporte pas grand-chose au récit.

Le personnage de Tzia Bonnaria Urrai est particulièrement réussi. Sans âge ni traits, c’est la mère par excellence, celle qui apaise, celle qui console, celle qui aime sans conditions jusqu’au dernier souffle. C’est la Faucheuse compatissante vêtue de noir qui délivre de la douleur. Son aura à la fois religieuse et de sorcellerie – dans le sens noble du terme – en fait un personnage remarquable. C’est elle qui porte la jolie parabole de Michela Murgia dont la morale est toute simple : donner la mort, dans certains cas, est un acte d’amour.

7 mars 2013
Catherine Aubry Claudel, membre du jury

"... tout ce que disait Tzia Bonaria était, pour elle, la loi de Dieu sur terre.Cependant, durant les treize années où elle vécurent ensemble, elle ne l'appela jamais maman, parce que les mères ne sont pas la même chose."
Alors, Maria, la fille de qui es-tu ?
Que sont ces relations filiales qui existent au-delà du sang ?
C'est à cet endroit là que nous convoque d'abord Michela Murgia.
Une accabadora et une fill'e anima, une dernière mère qui libère les âmes quand l'espoir n'est plus permis et une fille adoptive "doublement engendrée de la pauvreté d'une femme et de la stérilité de l'autre". Le ton est donné.
Et puis vient le poids du secret, celui de sa découverte, la question de la confiance effondrée, la fuite devant une possible transmission... La femme que devient Maria et le choix qu'elle fera de retour au village natal n'est pas dévoilé par l'histoire.
Je n'ai pas éprouvé ce sentiment d'inachevé que certains lecteurs mentionnent. Selon moi, c'était juste une fin de roman pudique, parfaitement en harmonie avec l'ensemble du récit et du discours de Tzia : une parole mesurée avec sagesse, jamais inutile ni en trop, qui ouvre l'accès à un peu plus de connaissance ... singulière et intime.
Une intensité d'écriture très appréciée. Merci à Michela Murgia !

20 février 2013
Fabien Philippe

Voilà un roman dont la principale qualité tient à son style précis et juste où la phrase, sans chercher à tout prix le bon mot, fait pourtant à chaque fois mouche, autant dans les dialogues que dans les réflexions que le roman développe. Saluons donc la traduction tout en sensibilité et en nuances de Nathalie Bauer.

C’est avec une belle économie de moyens que Michela Murgia réussit à réveiller la Sardaigne des années 50 à travers quelques personnages finement dépeints, notamment ces portraits de femmes qui tiennent la place d’honneur dans ce récit porté par les thèmes de la filiation, de la mort et de l’appartenance géographique. En quelques traits bien ciselés et quelques caractères bien trempés, l’écrivaine crée un univers réaliste avec une pointe d’onirisme appréciable.

Mais si Murgia trouve le ton juste dès qu’elle sillonne cette Sardaigne rurale et pétrie de rites et traditions, elle semble plus se perdre dès lors que son héroïne quitte l’île pour Turin. La grande ville italienne enferme l’histoire dans une maison bourgeoise où le récit stagne, tourne à vide, abandonnant son originalité et son souffle premier.

Malgré un retour salvateur en Sardaigne, le charme n’opère plus et l’histoire se boucle tièdement ; tout rentre dans l’ordre, nous laissant avec un certain goût amer dans la bouche. À l’image des travaux de couture du personnage de Tzia Bonaria, on aurait aimé qu’«Accabadora» se permette un peu plus d’accrocs dans un récit qui en promettait beaucoup grâce à la force de ses personnages et de ses ouvertures narratives. Dommage.

23 janvier 2013
CYRIL PORTEFAIX

"Accabadora" nous plonge dans la Sardaigne des années 50, mais ce roman a une résonance très actuelle. En effet, à l'heure des débats concernant le droit à mourir dans la dignité, Tzia Bonaria et les "mourants" nous invitent à réfléchir quant à la mort : est-on encore vivant quand plus rien ne nous raccroche à la vie, quand on a perdu l'envie ?
Maria est la fill'e anima de Tzia Bonaria. Cette dernière l'aime mais les non-dits sont forts dans cette campagne sarde et Maria ne les acceptera pas. Cependant, comme le dit l'accabadora, il ne faut jamais dire "Fontaine je ne boirai pas de ton eau". A l'heure de faire des choix, Maria s'en souviendra...
"Accabadora" est un roman très bien écrit, le rythme est très soutenu. Le décor est bien planté, si bien qu'on se laisse envoûté par les paysages, la cuisine, les coutumes sardes. On en redemande !!!

20 janvier 2013
Richard RIMEUR

Une terre : la Sardaigne, au milieu du siècle dernier. Une trame : Une toute jeune fille confiée par sa famille à une femme sans enfant, une Accabadora, "celle qui finit" , également appelée "dernière mère" . Maria, fille adoptée deviendra donc une femme dans le sillage de son énigmatique tutrice,au terme d'un parcours initiatique partagé entre ombre et lumière, magnifié par une écriture âpre et inspirée.

Ce roman, dominé par ses "figures" féminines, parle fort bien des choix que chacun doit faire pour donner un sens à sa vie et du prix à payer pour conquérir sa liberté.

Ne s'attachant qu'aux épisodes les plus marquants de la vie de Maria, son héroïne Michela Murgia prend le risque de dérouter ses lecteur par ses raccourcis et ses ellipses, faisant le pari de que leur imagination comblera les vides.

Atout et/ou faiblesse d'un roman qui peut laisser un petit goût d'inachevé.

Je serai assez tenté de reprendre l'expression du glorieux Virgile, "Perfice munus / achève l'oeuvre que tu dois achever", pour résumer mon opinion sur ce livre, lu dans le cadre du prix du meilleur roman des lecteurs du Point.

20 janvier 2013
géraldine muzeau

Un roman teinté de légèreté et de profondeur

Lorsque j'ai découvert ce roman, j'ai été intriguée par son titre, m’évoquant une sorte de formule magique.
J'ai été charmée par cette histoire poétique, son écriture légère et tout en finesse.Je me suis laissée emporter dans ce petit village rural de Sardaigne, marqué par la coutume, la tradition et le poids du secret.
Derrière l'écriture évoquant la douceur du Sud, le roman aborde des thèmes profonds tels que le sentiment de filiation et l'attachement maternel, la vie et la mort, la souffrance, la solitude et la dignité de la fin de vie. L'accabadora, dernière mère est, en ce sens, porteuse de l'un des derniers tabous de l'humanité : le droit de mourir. Le personnage de l'accabadora m'a émue tout comme la douceur et le souffle du Sud de ce roman.

14 janvier 2013
Sandrine

Quatrième fille d'Anna Teresa Listru, bien vivante, Maria est pourtant fille adoptive de Tzia Bonaria Urrai, fill'e anima. A notre époque, rien que cette double filiation est troublante. Pourtant, en cette époque et en Sardaigne, la pratique est courante. Ne connaissant pas l'amour dans une famille comportant trop de filles, Maria se retrouve soudain fille unique.

Mais contrairement à ce que croit Maria, Tzia Bonaria n'est pas seulement la couturière du village. C'est aussi l'accabadora, la vieille femme en noir qui vient la nuit dans les foyers pour soulager les personnes mourantes de leurs souffrance.

C'est un roman qui évoque l'Italie chantante, le soleil, les pâtisseries, mais aussi une histoire de femmes, de relation mère-filles, de courage, de passage à l'âge adulte. Finalement, j'ai beaucoup de mal à vous en parler, c'est un roman court, et à trop vous le décrire, j'ai peur de vous priver de sa magie. Parce qu'il est magique et m'évoque tout à la fois Le coeur cousu de Carole Martinez et La Couturière de Frances de Pontes Peebles. La seule différence avec ces romans, c'est que l'on ne suit pas Maria toute sa vie, mais seulement un bout de chemin, une partie importante de sa vie.

11 janvier 2013
Julia

Ce livre au titre sibyllin a sa petite musique bien à lui, hors du temps ou plutôt d’un autre temps. Dans les années 50 en Sardaigne, les veuves se drapent de noir, les mères sans le sou abandonnent leurs filles cadettes à d’autres sorts et le soleil abrase les oliviers. On croit encore aux sortilèges, aux incantations et aux forces obscures, aussi évidents que les rituels immuables qui régissent la vie de tous les jours. Et d’ailleurs, où va Tzia Bonaria, la vieille couturière, quand elle disparaît la nuit ? Lorsque Maria, sa fille adoptive, découvrira le secret de ces sorties nocturnes, elle sera confrontée à des choix qui chambouleront son existence.
Entre traditions anciennes et sujet d’actualité (il s’agit, à mots couverts, d’euthanasie), ce roman se détache du lot par son charme un peu désuet et ses jolies descriptions d’une Sardaigne oubliée.

11 janvier 2013
Carole Bronnimann

Quel plaisir de se glisser dans ce petit roman – ou cette longue nouvelle -qui raconte, ou plutôt, donne, dans une sorte d’effleurement , un aperçu de la vie d’un village sarde dans les années 50… Les croyances, les peurs, les non-dits, le désintérêt pour l’éducation, et la relation à la mort évidemment.. La mort et ses pleureuses qui rôdent, omniprésentes..
Qui est cette femme qui passe dans la nuit, enserrée dans son châle noir, et dans le sillage de laquelle s’envolent des vies difficiles, parfois devenues insupportables ? Qui est Tzia, l’accabadora » qui, n’ayant pas eu d’enfant, s’est choisie une « fille de l’âme », Maria, si aisément cédée par sa mère biologique, chargée de pauvreté et d’autres bouches à nourrir ? … Nous ne le savons pas vraiment, mais elle réussit néanmoins, à élever sa fille adoptive, à lui transmettre une éducation moderne ainsi qu’un métier, tout en espérant pouvoir lui confier les secrets ancestraux.. Mais Maria, jeune fille vive et à l’indépendance d’esprit est-elle prête à accepter les conséquences de la tradition ?
La dureté, le silence de cette vie de campagne sarde, sont également omniprésents, presque comme des personnages à part entière de l’histoire.. Quel tour de force de la part de Michela Murgia de nous conter ce silence, avec autant de légèreté, de tendresse et de poésie aussi. C’est un réel plaisir, voire une gourmandise, de dérouler ces pages, de suivre Maria dans sa découverte du monde et des liens étranges tissés avec l’accabadora, la dernière mère..

7 janvier 2013
jean-claude Grandemange, membre du jury

On oublie souvent qu'apprécier ou donner sa chance à un roman étranger dépend en préambule de son traducteur; grâce soit ici rendue à Nathalie Bauer qui nous sert un monument de rigueur, de légèreté et de poésie à la fois; le propos en avait besoin.
La première qualité de ce petit roman est sa forme littéraire, qui allie le style et la vigueur de la nouvelle dans un vrai roman, ramassé, lourd et charnu, où chaque mot semble pesé, précis et pertinent.Ainsi s'installe l'art majeur du conteur, dans lequel toute la Sardaigne est présente, à chaque page.Les personnages sont magnifiques, de la sulfureuse et hiératique Bonnaria Urrai entre sorcière tueuse et ange noir de miséricorde, à la filia el'anima, Maria, héroïne presque malgré elle, qu'elle élève.
Celle ci saura t'elle s'affranchir d'un destin qui semble immuablement tracé, et prendra t'elle sa suite? Tout est là, dans ce roman implacable et presque magique par instant, qui se révèle être une parabole entre un monde ancien avec ses rites- sont-ils si barbares que cela?- et la modernité de bon ton et de bonne humanité.
Et après tout, la morale est-elle si limpide?
Michela Murgia nous laisse en décider, qui m'a fort impressionné par sa maîtrise romanesque et sa propension romantique au mystère du non dit et à la poésie du temps qui passe entre tradition profonde et progrès.
Il me semble que ce roman pose la barre très haut dans le futur classement des oeuvres qui nous sont proposées...

7 janvier 2013
Sciau Fabrice

Maria, fille anima (enfant « donnée par une famille ne pouvant subvenir à ses besoins » adoptée par Tzia Bonaria comprend que sa mère adoptive est en fait l’accabadora, celle qui abrège selon une coutume sarde les souffrances des agonisants et des malades sans rémission qui en font la demande au travers d’un rituel présenté précisément dans le livre.

Au-delà de la problématique très actuelle de la liberté de choisir sa fin de vie au travers de cette pratique de l’euthanasie le livre engage à réfléchir sur les principes moraux quand ils sont confrontés à une réalité engageant l’homme à agir et à faire des choix.

Écriture délicate...

4 janvier 2013
Jean-François JAMBOU

Délicieux mais un peu superficiel.

"A ma mère, toutes les deux". Par cette dédicace, Michela Murgia nous invite directement dans le thème principal de son roman. En effet,ce livre nous plonge dans la Sardaigne des années 50 où Tzia Bonaria, l'accabadora,adopte Maria la fill'e anima de 6 ans.Cette relation toute en pudeur constitue le fil rouge de ce texte sensible et poétique.Lorsque la mère vêtue de noir va délivrer les âmes et les corps au bord du gouffre de la mort, la fille d'adoption se sentira trahie.On peut ici parler d'un roman de formation de la personnalité d'une enfant. Par son écriture envoutante, M. Murgia décrit une Sardaigne façonnée par des traditions ancestrales et mystiques. Cela constitue le point fort de ce beau texte.
Néanmoins, le thème de la fin de vie aurait pu être plus approfondi sur le fond et aussi sur la forme par un style plus percutant. Mais ne boudons pas notre plaisir d'une lecture envoutante,délicieuse et agréable sous la plume conteuse de cette sensible personnalité.

4 janvier 2013
Laurence Cadet

J'ai commencé la lecture de ce roman en me demandant bien ce que j'allais y trouver... Le texte de la quatrième de couverture m'a paru très obscur et les premières lignes assez indéchiffrables. Je pense que, spontanément, je n'aurais pas acheté ce livre en librairie.
Cependant, peu à peu, je me suis laissée absorber par le texte qui m'en rappelait d'autres. "Aux champs", d'abord, de Maupassant car les personnages de ces récits ont un point commun : tous deux ont été cédés par leur mère à une femme qui ne pouvait avoir d'enfant. Anna, le personnage principal est une fillus de anima. J'ai aussi aimé retrouver l'ambiance qui ressemble un peu au Soleil des Scorta de Laurent Gaudé ou à celle d'une nouvelle de Marguerite Yourcenar "La Veuve Aphrodisia"- car le récit se déroule en Sardaigne ( dans un passé indéterminé). Bien sûr, ces textes ne racontent pas les mêmes histoires, les mêmes destins mais le climat et les caractères y sont méditerranéens. Il fait chaud, on vit dehors, tous les habitants du village se connaissent et s'épient.
Mais il est difficile de trouver un fil conducteur au texte tant qu'on ne l'a pas terminé. Bien sûr, on suit le parcours de Maria Listru et de sa mère adoptive mais on se demande bien où le narrateur veut nous embarquer, d'autant que l'ensemble comporte à peine 200 pages. Je regrette un peu que certains chapitres aient été si courts : j'ai aimé notamment le passage de la jeune fille à Turin et j'ai été déçue que cet épisode n'ait pas été plus développé. La description des relations entre Anna et les autres personnages aurait pu, selon moi, être plus approfondie.
Il y avait avec cette histoire matière à faire un plus long récit que celui-ci, qui ressemble, tel qu'il est construit, davantage à une nouvelle qu'à un roman. On a un peu l'impression de passer à côté de quelque chose...

3 janvier 2013
Sébastien Talon

Le titre apparait comme une incantation magique. Une phrase qui ne nous est pas accessible mais qui recèle derrière bien des possibilités.

L'Accabadora est tout autant conte, on met du temps à comprendre le lieux et le temps de la narration. On se dit que tout cela est bien loin de nous. Puis petit à petit, un indice, un mot se glisse et ancre ce roman dans notre monde.

Car après tout c'est un roman qui raisonne dans notre espace contemporain. Il pose la question des origines et celle plus antique encore du destin. Qui sommes nous ? d'où venons nous ? le roman n'y répond pas, il propose cependant des pistes.

Un livre court et agréable, bien que le passage dans la grande ville n'apporte pas grand chose. Il est simplement là pour rappeler qu'in fine on n'échappe pas à son destin. Mais le livre demeure très agréable à lire et à découvrir.

2 janvier 2013
Béatrice Binisti

Maria est une fillus de anima. En Sardaigne, c'est le nom qu'on donne aux enfants échangés par leur famille d'origine contre un peu d'argent. Adoptée par la couturière Tzia Bonaria Urrai, la jeune Maria va découvrir les étranges pratiques auxquelles se livre sa nouvelle mère, qui n'est pas seulement couturière. Quand la nuit tombe, Tzia se glisse dans les maisons et devient l'Accabadora....

Et si j'en dis plus, je gâche tout alors je me tais. Michela Murgia fait revivre dans ce court roman une Italie des années 50 au charme ancestral, bruissante du cri des pleureuses dans les cimetières, une Italie magique et colorée, aux parfums de citron, d'amande et de raisin, "gros comme des oeufs de caille" et au "jus aussi noir et sucré que le boudin", que j'ai parcourue avec plaisir pendant 180 pages. Avec plaisir seulement, car malgré la plume délicatement poétique de l'auteur, qui n'est pas sans rappeler une certaine Milena Agus, "Accabadora" ne m'a pas transportée. Le propos est pourtant loin d'être aussi léger qu'il y paraît, le talent de conteuse de Michela Murgia est certain, certaines scènes sont particulièrement jolies et amusantes (la petite fille qui remplit ses poches de cerises, qui plonge son nez dans la fourrure de la pharmacienne, c'est mignon comme tout) mais voilà... je suis restée sur le seuil. "Accabadora" est un joli roman, juste un joli roman.

"C'était elle qui se mariait ce jour-là, et non Bonaccatta, car dans ce monde mystérieux composé de reflets, le regard du marié s'était posé sur son visage telle une main sur un amaretto parfumé. Mais la gamine de la glace n'était pas encore une fiancée : sa jeune poitrine pressait contre son chemisier à fleurs délavé avec une grâce que l'étoffe fine ne parvenait même pas à souligner. Obéissant à un élan de rage, elle déboutonna ce corsage à la recherche d'une promesse de féminité plus flagrante. Or ses doigts ne révélèrent qu'une peau au grain doux et encore enfantin, sur laquelle brillait incongrûment la chaîne de baptême, pareille à une blessure dorée. Ils dénudèrent les contours timides des seins pour les suivre jusqu'à leur petite extrêmité, où ils durent s'arrêter. La déception enpêcha Maria de remarquer la grâce de son buste frêle : elle ne vit dans les côtes apparentes, qu'une pauvre esquisse de femme". (p.59)

1 janvier 2013
Claudy Olivet

Claudy Olivet, membre du jury du Prix du Meilleur Roman Points 2013

Dès le titre, Accabadora, Michela Murgia emmène le lecteur pour un voyage fantastique et poétique où se mêlent les légendes et les superstitions.
Dans ce village de Sardaigne, Maria, Fill'a de anima, que sa mère abandonna pour la confier à une femme veuve qui ne pouvait avoir d'enfant, va comprendre en grandissant le secret que lui cache sa mère adoptive Tzia Bonnaria, quand elle la voyait quitter la maison la nuit, alors qu'elle était enfant.

J'ai trouvé ce petit roman magique. Malgré sa brièveté, Michela Murgia construit son histoire sans omettre aucun détail. Sa plume envoutante ravive à notre mémoire les légendes d'une Sardaigne ancienne qui n'existe pratiquement plus. Les ellipses temporelles que se permet l'auteur pour arriver au coeur du roman: ce drame qui se noue et dont Maria va être l'un des témoins, remettant en cause la suite de sa vie et son amitié avec le jeune Andria, ne sont pas gênantes, bien au contraire: elles permettent de se focaliser sur l'évolution des personnages et donne un rythme soutenu au roman qu'on ne peut pas lâcher avant la dernière ligne.

Voilà un roman touchant, qui par le prisme de légende et de tradition, parle de filiation, de superstition, de la vie, de la mort mais aussi des non-dits, d'amour, d'apprentissage.
J'ai été happé par cette histoire, touché par Maria et Tzia Bonnaria, ainsi que par leur relation: les liens du sang ne sont pas tout. Les liens du coeur sont parfois plus puissants.

Michela Murgia ravive pour nous la flamme des légendes anciennes avec force et vivacité. Un roman d'apprentissage qui change notre regard sur la mort et la vie et chamboule nos croyances.
Un roman qui rappelle ces histoires que l'on se racontait au coin du feu, lors des veillées. Alors, asseyez vous, tournez la première page d'Accabadora et partez pour un voyage inoubliable.

31 décembre 2012
hélène ALRIC DECOUCHON

Comme je l'attendais ce livre, comme j'avais envie de le lire et combien pourtant j'ai été déçue. Je ne suis pas rentrée dans l'histoire, même si le style est parfaitement rendu par une excellente tradition, non je n'y suis pas arrivée. L'histoire de Maria, fille qui a été offerte à Tzia m'a intéressée mais c'est la dimension "passeuse de vie" de Tzia et la façon dont cette fonction est abordée qui m'a laissée sur le bord du livre. L'atmosphère m'a fait souvent penser au "coeur cousu" de Carole Martinez dans lequel je m'étais également perdue et au "soleil des Scorta" qui lui m'avait littéralement emportée. Donc je reste en demi teinte et pas du tout emballée.

28 décembre 2012
Noémie G.

La couverture mystérieuse révèle une belle première lecture dans le cadre du Prix. L'atmosphère feutrée, silencieuse, des rues et des maisons sardes abrite un secret que Maria découvrira bien après tout le monde et qui la mènera à quitter l'île : si j'ai moins aimé cette partie consacrée à la vie de la jeune fille sur le continent, j'ai en revanche beaucoup aimé lire la vie quotidienne de ces deux femmes, Maria et Tzia, qui savent si bien toutes deux devenir transparentes mais qui pourtant possèdent une si belle grandeur d'âme.

22 décembre 2012
Sylvie Sagnes

C'est l'histoire d'une petite fille adoptée par une femme stérile, bien que sa mère biologique soit toujours présente, selon une tradition sarde. Nous sommes en Italie et Maria grandit avec le statut factuel de fille unique, elle qui est pourtant la petite dernière, après trois grandes soeurs. Une enfance qui laisse son intelligence se développer (alors que ce n'est guère l'usage autour d'elle), mais qui l'amène à terriblement se sentir trahie, lorsqu'elle comprend, encore adolescente, la réalité du "métier" de sa mère adoptive. Il lui faudra partir, digérer, mettre en perspective, avant d'être capable d'appréhender et de finalement, peut-être, pardonner... Un roman de conteuse, à n'en pas douter, qui s'y entend pour faire émerger les odeurs, les moments vif argents de l'enfance, les couleurs d'une Italie presque fantasmée. Pour autant, on reste dans le domaine du joli, du mignon, sans se sentir réellement happée, à tout le moins je suis restée un peu à l'extérieur. (Livre lu dans le cadre du Prix du Meilleur Roman POINTS 2013)

 

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Découvrez le premier chapitre de ce conte magnifique

Les mille automnes de Jacob de Zoet est le sixième livre en compétition pour le Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points. Après Freedom de Jonathan Franzen, Accabadora de Michela Murgia, Scintillation de John Burnside, Une femme fuyant l’annonce de David Grossman et Grand-père avait un éléphant de Vaikom Muhammad Basheer, c’est au cœur d’une île japonaise à la toute fin du 18ème siècle que les jurés vont devoir se plonger.


Nouveauté

Accabadora

Plongez au coeur des charmes mystérieux de la Sardaigne

Accabadora, le roman célébré de Michela Murgia arrive en poche . Découvrez la chaleur mystique de la Sardaigne le 30 août 2012 en librairie, à l'occasion du lancement du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points.

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